La polémique
Divin(e), trop divin(e)
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C’est une proposition toute récente, qui émane de la fraction allemande de la Jeunesse Étudiante Catholique Internationale (KSJ) : écrire le Nom du Très-Haut suivi d’une « astérisque d’inclusivité »1. L’objectif : forger “une nouvelle image de Dieu*” qui, en lieu et place de la représentation classique d’un « vieux Blanc à la longue barbe sévère », substitue une imagerie ouverte à la « diversité de Dieu* ». Prévisible : les réactions de tout poil ne se sont pas fait attendre. En effet, dire que Dieu transcende tous les genres humains, n’est-ce pas enfoncer des portes ouvertes ? « Pas que », semble nous répondre Birthe Mühlhoff depuis la version allemande de notre magazine. Et de préciser qu'un symbole peut toujours en cacher un autre…
Le communiqué de l’organisation aura autant provoqué l’indignation (« ça y est, on a définitivement perdu les pédales avec le délire du genre ») que l’enthousiasme (« enfin un vent de réforme sur l’Église catholique ! »). Mais y a-t-il vraiment matière à ?
Ironie de l’histoire, l’utilisation de l’astérisque trouve son origine dans la religion chrétienne elle-même. C’est le pape Urbain VIII qui, au XVIIe siècle, introduit l'astérisque dans le canon typographique de la liturgie des Heures. Son rôle n’est alors, évidemment, pas de marquer l’indistinction du genre de la personne divine : au beau milieu du chant liturgique ou de la psalmodie, cette astérisque introduit une respiration inédite, qui se glisse parfois au beau milieu d’une phrase. L’astérisque endossera, par la suite, différents rôles : symbole suspensif (pour censurer un terme vulgaire), renvoi textuel (à une note de bas de page), marquage d’emplacement générique (« champ libre », « case à remplir »). Et, depuis les années 2000, également marquage de « l’inclusivité » linguistique, donc.
D’un point de vue théologique, le vif débat suscité par la volonté de neutraliser le genre de Dieu peut sembler anachronique : durant des siècles, les théologiens se sont interrogés sur le mystère de l’identité de Dieu. La question de la Trinité, de l’essence qui subsume les trois hypostases – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – leur a, en particulier, donné bien du fil à retordre. Au point que le terme de « personne », qui est aujourd’hui employé en droit pour désigner aussi bien des sociétés que des individus [personne morale, personne physique], dut être spécialement forgé à cette fin [en théologie, le Père, le Fils et le Saint-Esprit forment les trois « personnes » qui constituent la Trinité].