Hors-série "La Renaissance"

David El Kenz : les guerres civiles de Religion

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 38 de Philosophie magazine « La Renaissance. Quand les temps changent », en kiosque le 21 juin 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Évoquant les guerres de Religion qui ont déchiré la France à la fin du XVIe siècle, l’historien David El Kenz met au jour la nature de la « passion religieuse » qui oppose alors catholiques et protestants. Les catholiques qui perpétrèrent le massacre de la Saint-Barthélemy se croyaient mus par une mission divine. Ces soldats de Dieu s’apparenteraient-ils aux fanatiques du djihad aujourd’hui ?

 

La Renaissance est le temps des grandes découvertes, des inventions, de l’expansion des villes… et des guerres de Religion. Quelle réalité historique recouvre ce terme ?

David El Kenz – Les guerres de Religion désignent des événements précis : les huit guerres civiles qui ont opposé catholiques et protestants français entre 1562 à 1598. La France, qui est le pays le plus peuplé d’Europe avec vingt millions d’habitants, est également celui où les protestants sont les plus nombreux, environ deux millions – essentiellement lettrés et urbains, aujourd’hui, on dirait des « décideurs ». Ces gens-là sont armés intellectuellement et économiquement pour demander ce que d’autres ont obtenu ailleurs en Europe : la liberté de conscience et de culte. L’autorité royale essaie de trouver des solutions, qui ne fonctionnent pas. Les tensions religieuses qui couvent depuis les années 1520-1530 s’accroissent d’autant plus que le roi est mineur et que les Grands du royaume sont prêts à tout pour gagner en influence sur lui. Des révoltes locales se produisent et vont métastaser en guerres de Religion. Je précise qu’à l’époque on parle de « troubles de Religion » pour désigner un phénomène qui dépasse les frontières de la France, puisque ces troubles concernent aussi l’Allemagne, la Confédération helvétique, l’Angleterre, ou encore les Pays-Bas espagnols. L’expression « guerre de Religion » apparaît plus tard, à la fin du XVIIe siècle, avec Pierre Bayle dans son Dictionnaire, puis avec Voltaire, qui la popularise lorsqu’il veut incriminer le fanatisme religieux au siècle des Lumières. Vous remarquerez que dans toutes ces expressions, Religion ne prend pas de « s » ! Car ces guerres ne désignent pas tant le conflit entre une religion A et une religion B, mais en quelque sorte le processus du religieux qui aboutit à des guerres civiles ; contrairement aux guerres religieuses du Moyen Âge, comme la croisade contre les cathares ou les guerres hussites 1 au XVe siècle qui ne mettaient pas en cause l’autorité politique, celles-ci peuvent conduire à la dissolution de l’État et même à l’assassinat du roi.

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