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Alexis Philonenko, ou la raison à l’épreuve de la guerre

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Alexis Philonenko, ou la raison à l’épreuve de la guerre

© Librairie philosophique J. Vrin

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Après René Girard et Roger Caillois, notre « livre du jour » consacré à la guerre est l’œuvre d’Alexis Philonenko (1932-2018). Dans un recueil d’articles qui est devenu un classique, Essais sur la philosophie de la guerre (Vrin, 1987), le philosophe spécialiste de l’idéalisme allemand se demande si l’on peut découvrir une rationalité dans la guerre. Il met en scène une discussion entre Hegel, qui cherche à donner un sens à la violence, et Tolstoï, qui voit dans la guerre le signe de l’absurdité de nos existences. Un ouvrage majeur.

 

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Penser la guerre, c’est d’abord tenter de la définir. Pour Philonenko, elle est « une action violente s’inscrivant dans une histoire ». C’est cette « inscription » qui la rend pensable : fait culturel, la guerre s’écrit au fur et à mesure qu’elle se réalise, et elle ne se réalise qu’en se disant (c’est pourquoi il n’y a pas de « guerre animale »). Traumatisante, elle hante nos mémoires et appelle un récit. Mais si la guerre n’est pas muette, elle génère son propre langage. La tâche de la pensée est alors de le traduire.

Le langage propre de la guerre

Philonenko s’y essaye en s’arrêtant sur quatre termes tirés du vocabulaire militaire : d’abord la parade. Histoire possible parce qu’elle précède la bataille, mais aussi histoire passée car elle manifeste aux civils l’accumulation des expériences héroïques, la parade militaire est « du langage pour l’inconscient ». Puis la proclamation. Manifestation solennelle de l’entrée en guerre, la proclamation adopte l’éloquence du sublime, s’adresse à tous (contrairement aux ordres militaires) et se veut sans réplique. Là est son essence : rendre inaudible le discours de l’autre, car « celui qui parle ou écrit n’est pas encore vaincu ». Plus que l’élimination physique de l’adversaire, c’est ainsi son éviction du champ du discours que vise la guerre. Vient ensuite le codage. Langage tactique plus que stratégique, le cryptage est le pendant de la proclamation, son envers, puisque sa non-publicité fait son efficacité : fermé, secret, le code, scruté par les services de renseignements, provoque ou empêche la bataille. Enfin, le slogan. Formule de propagande – comme le « Nach Paris » (« Vers Paris ! ») des armées allemandes –, le slogan fédère puis attise la passion guerrière ; son usage révèle « qu’on se bat plus pour des formules que pour la réalité ».

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