Livres
Le “mauvais sexe” : fatalité ou violence ?
© Éditions du Détour
Cet article est réservé aux abonnés.
Selon Katherine Angel, nos désirs résident dans l’ignorance. Alors comment peut-on affirmer notre consentement avant et durant un rapport sexuel ? Dans Demain le bon sexe. Les femmes, le désir et le consentement (Éditions du Détour, 2022), l’essayiste britannique s’en prend à un préjugé : une femme « libre » connaîtrait ses désirs et pourrait s’extraire d’une violence potentielle par le simple fait du consentement sexuel. Or, la culture du consentement nous empêcherait de voir un autre problème : celui du « mauvais sexe », c’est-à-dire du rapport sexuel accepté mais nul, voire traumatique.
Le titre de l’ouvrage de Katherine Angel s’inspire du livre de Michel Foucault La Volonté de savoir, le premier tome de sa monumentale enquête sur la sexualité publiée entre 1976 et 1984. Le philosophe français y critique la pensée progressiste des années 1960 et 1970, qui associe la sexualité et le plaisir à l’émancipation et la libération. « À demain le bon sexe » est une expression qu’il utilise pour railler les pensées « libérationnistes contre-culturelles » des marxistes, révolutionnaires et autres freudiens. Il suggère, de manière ironique, que le bon sexe, comme le bonheur, est toujours pour demain : on ne le trouve jamais.
Le consentement ne protège pas de tout
Foucault s’oppose au préjugé qui fait du sexe une voie vers la libération, et du silence un synonyme de répression. Une « véritable explosion discursive » sur le sexe s’est selon lui développée dans les domaines de la biologie, de la psychiatrie, de la psychologie et de la critique politique, dans le but de s’opposer au régime victorien conservateur du XIXe siècle. Cependant, Foucault estime que parler ouvertement de sexe ne nous donne qu’une illusion de libération : « Ne pas croire qu’en disant oui au sexe, on dit non au pouvoir. » Formule très forte qui souligne que le pouvoir est partout. Ce n’est pas parce que le sexe est devenu un sujet de discours que nous nous libérons des pouvoirs répressifs religieux et bourgeois.