Sénégal. Nit ku bon
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Cet article est issu du numéro 97 de Philosophie magazine « Peut-on choisir ses désirs ? », en kiosque le 18 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est ainsi qu’est désigné un enfant, figure de l’innocence, qui, possédé par les esprits, dialogue avec le monde des morts.
Dakar, au cœur de la vieille ville, une maison modeste. Depuis sa naissance, cet enfant fuit le regard, refuse la langue des humains et, la nuit, semble converser avec l’invisible. Un guérisseur appelé par la famille le réveille et lui dit : « Abdoulahi, dévoile ton vrai caractère. Tu ne peux pas te cacher devant moi… »
«Difficile de nous représenter un monde où l’enfant est suspect, nous qui sommes adeptes de l’enfant-roi»
Tobie Nathan
Il nous est difficile de nous représenter un monde où l’enfant est suspect, nous qui sommes adeptes de l’enfant-roi. En Afrique de l’Ouest, les traditions confèrent une intention à ces enfants bizarres. On les pense dangereux, susceptibles de se réunir en groupes maléfiques. Au Sénégal, on les nomme nit ku bon – « mauvaise personne » en wolof. Au Cameroun, chez les Douala, on leur attribue des liens avec les morts et avec le monde de la nuit. Idée proche de celle des Serer, au Sénégal, qui les appellent tjid a paxer – « l’enfant qui part et qui revient », « qui meurt et renaît ». Chez les Yoruba du Nigeria et du Bénin, on les appelle abiku – de abi, « naître », et ku, « la mort », soit « naître pour la mort »… L’enfant arrivant après un enfant mort-né – ou après la mort d’un enfant en bas âge – peut ainsi être considéré comme le même enfant qui revient après sa mort.