“Solitaritate”, le dérive du continent
“Solitaritate” mis en scène par Gianina Cărbunariu © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
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Prenant à bras le corps la réalité du monde, l'écrivaine et metteuse en scène Gianina Cărbunariu dresse un aperçu cinglant et juste de la classe moyenne de Bucarest. Mais l'ambition de “Solitaritate”, épinglant les dérives du capitalisme et les replis identitaires en Europe, dépasse largement les frontières de Roumanie.
O.P.A. sur les rangées, les fauteuils, les travées. « J’achète le côté est ! » « Et moi les premiers rangs ! » « Je rachète de D à F » Même le théâtre avec ses spectateurs encore sur sièges est à vendre. Ne soyez pas inquiets c’est du théâtre. Soyez inquiets, on approche de la réalité. Et qu’est-ce que la vérité quand commence le jeu? Où débute la scène ? Où finit le spectacle ?
Espace public
La metteuse en scène Gianina Cărbunariu s’interroge, embarquant avec elle le public, pris à partie : « Que signifie l’espace public aujourd’hui, quelles limites s’imposent lorsque l’on tente de représenter l’injustice et la pauvreté sur scène, comment s’organisent les rapports de pouvoir dans nos sociétés, dans nos villes ? ». Assis face à la scène, le spectateur est le public. Il n’a donc rien à craindre. Les artistes (et quels artistes !) sur scène sont eux les acteurs. C’est entendu. Mais qu’est-ce qui est entendu ? Qu’un quatrième mur invisible les sépare. Est-ce un mur ou une ligne ? Est-elle invisible ou de démarcation ?