Reportage

Sommet et contre-sommet de l’intelligence artificielle à Paris : deux salles, deux ambiances !

Temps de lecture : 9 min

Sommet et contre-sommet de l’intelligence artificielle à Paris : deux salles, deux ambiances !

Emmanuel Macron, se prend en selfie avec des participants au Sommet d’action sur l’intelligence artificielle, à Paris, le 11 fevrier 2025. © Serge Tenani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Les 10 et 11 février, deux événements sur l’intelligence artificielle (IA) ont eu lieu à Paris : un sommet officiel initié par le président Emmanuel Macron, enthousiaste sur ses avancées, et un contre-sommet au Théâtre de la Concorde initié par le philosophe Éric Sadin, qui se montre, lui, beaucoup plus critique. Entre optimisme et inquiétudes, deux visions du monde s’affrontent. Reportage et retour sur les arguments des « pro » et « anti » IA.


Le lundi 10 février se tenaient deux événements : le « Sommet pour l’action sur l’IA », organisé par la présidence de la République, et un « Contre-Sommet de l’IA » à l’initiative du philosophe Éric Sadin. D’un côté, le discours officiel très enthousiaste quant aux promesses et aux effets de ces nouveaux outils ; de l’autre, une contre-parole beaucoup plus critique et dubitative. Nous avons pu assister à ce contre-sommet et suivre en direct la retranscription de l’officiel, qui avait lieu au même moment. Le contraste nous a frappés : deux ambiances, deux éthiques, deux visions du monde et de la technique se sont déployées en ce début de semaine. Nous présentons ici les points de vue, les figures de proues, et les limites des « pro » et des « anti » IA.

 

« Toujours plus vite » ?

109 milliards d’investissement pour l’intelligence artificielle. C’est sous les auspices de cette annonce fracassante d’Emanuel Macron, que s’est tenu le grand sommet pour l’action sur l’IA, le 10 et 11 février. Chefs d’État, magnats de la « tech » et chercheurs en IA génératives se sont réunis au Grand Palais, agrémenté pour l’occasion de structures en forme de boules à facettes géantes, illuminées en bleu, blanc et rouge à la tombée de la nuit. 

“L’approche de Notre-Dame sera adaptée pour l’IA”Emmanuel Macron

Le but de cette grand-messe internationale a été martelé à plusieurs reprises par le président de la République : « Profiter de ce sommet pour aller toujours plus vite » en matière de développement de l’IA, afin de ne pas se faire doubler par le reste du monde. « L’approche de Notre-Dame sera adaptée pour l’IA », a annoncé Emmanuel Macron en référence à la mobilisation exceptionnelle de moyens qui a permis la reconstruction rapide de la cathédrale. C’est officiel : l’Hexagone entre pleinement dans « la course » à la « construction de data centers », a également affirmé le chef de l’État, qui s’est même fendu d’un « plug, baby, plug » (« branche, bébé, branche ») parodiant le « drill, baby, drill » (« fore, bébé, fore ») de Donald Trump. 

Au même moment, à seulement 700 mètres de là,  une curieuse contre-offensive s’organisait. Le Théâtre de la Concorde, plein à craquer, accueillait le contre-sommet de l’IA à Paris, intitulé « pour un humanisme de notre temps ». Présidée par le philosophe critique de la technique Éric Sadin et par Éric Barbier, journaliste et délégué syndical à L’Est Républicain, la rencontre réunissait les inquiets, les sceptiques et, plus largement, toutes celles et ceux qui se méfient de l’enthousiasme qui règne en maître au sommet officiel. Dès son commencement, le contre-sommet a été pris d’assaut par une vingtaine de militants du groupe « Révolution anti-tech contre l’IA », qui ont dénoncé la politique de surveillance à l’œuvre pendant les jeux Olympiques, entonnant des chants hostiles au président de la République et clamant leur opposition à la maire de Paris Anne Hidalgo, censée intervenir en ouverture du contre-sommet – elle a finalement rebroussé chemin. Cette intervention imprévue a déplu à la salle autant qu’aux organisateurs, mais elle a donné le ton du reste de l’après-midi, régulièrement marqué par des prises de parole intempestives, voire des invectives et des cris d’indignation appelant à plus de radicalité. 

Cet article est réservé aux abonnés