Stratagème n°16. Plagiez votre interlocuteur

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Cet article est issu du numéro 58 de Philosophie magazine « 58 - avril 2012 », en kiosque le 29 mars 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s'en servir

Si vous manquez d’idées dans un débat, appropriez-vous celles de votre interlocuteur. Imaginons qu’il soutient, en se référant à Hegel, que l’Histoire ne progresse que par crises. Dites : « Vous oubliez de préciser que, selon le philosophe allemand, il n’y a pas d’avancée historique majeure sans guerre. » Puis placez une nouvelle attaque par plagiat après avoir attendu que votre adversaire ait repris la parole. Par exemple, ce dernier explique que les guerres ont néanmoins des effets politiques imprévisibles, comme le soutenait d’ailleurs Tolstoï dans Guerre et Paix. Enchaînez : « Permettez-moi d’ajouter que ceux qui choisissent la violence généralisée comme moyen de gouvernance sont toujours surpris par les effets ultimes des actes barbares, et c’est ce que montre très bien Tolstoï dans son plus grand roman à la gloire de la Russie. » Bien sûr, votre interlocuteur sera certainement agacé : en l’interrompant pour dire autrement ce qu’il vient d’expliquer, vous l’empêchez de poursuivre son argumentation qui devient discontinue et peu audible ; et en reprenant ses références sans les approfondir, vous donnerez l’impression de les connaître aussi bien, voire mieux que lui. Et par un tour de passe-passe, le public vous accordera sans doute le mérite de l’originalité parce que, pour lui, c’est le dernier qui parle qui a raison.

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