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Nicolas Tenaillon : “L’idée d’une conviction philosophique qui menace la sûreté de l’État est un abus de langage”

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Nicolas Tenaillon : “L’idée d’une conviction philosophique qui menace la sûreté de l’État est un abus de langage”

© Fernand de Canne/Unsplash

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Alors que l’État vient de permettre la collecte de fichiers de police et de gendarmerie comprenant les « convictions philosophiques et religieuses », demandons-nous ce qu’est une « conviction philosophique ». Ni scientifique, ni religieuse, celle-ci n’est ni complètement sceptique, ni dogmatique. Elle n’a donc pas à être fichée par nos représentants, estime le philosophe Nicolas Tenaillon, spécialiste de la philosophie de la religion.

 

La conviction est une certitude acquise. Cette acquisition peut être le fruit d’une mûre réflexion personnelle, d’un travail critique ou bien au contraire d’un endoctrinement aveugle. C’est là tout le problème. En parlant de « convictions philosophiques et religieuses » dans une même formule, le Bulletin officiel rend indistinctes les causes profondes de l’adhésion à une doctrine ou à une croyance. Or la conviction philosophique n’est pas de même nature que la conviction religieuse.

“Une conviction peut être le fruit d’une mûre réflexion personnelle, d’un travail critique ou bien au contraire d’un endoctrinement aveugle. C’est là tout le problème”

En religion, la conviction est indissociable de la foi et celle-ci de l’acceptation d’une vérité révélée qui fait autorité sur la personne. Lorsque Lammenais, penseur catholique du XIXe siècle, dit que « la foi est l’acte de la volonté qui se soumet, souvent sans conviction, quelquefois contre la conviction même, à ce qu’une raison extérieure et plus élevée déclare vrai » (Lettre inédite à la baronne Cottu, 1829), il perçoit clairement que parler de conviction religieuse ne va pas de soi. Croire, c’est en effet estimer que la conviction personnelle ne peut être au mieux qu’une réponse à un appel extérieur à soi, dont l’homme de foi espère qu’il donnera sens à son existence. Ainsi, par exemple, peut-on dire que c’est davantage par foi que par conviction qu’Abraham accepte de sacrifier son fils unique Isaac, car l’absurdité de son geste devrait éveiller son sens critique et le faire douter de la parole de Dieu. Mais comme le dit Kierkegaard dans Crainte et Tremblement (1843) : « Abraham croyait en dépit de l’absurde. Pour lui, les calculs humains n’existaient plus depuis longtemps. »

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