Journal de bord

Superstitieux, moi?

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Superstitieux, moi?

© Bertrand Gatignol pour PM

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Cet article est issu du numéro 36 de Philosophie magazine « 36 - février 2010 », en kiosque le 21 janvier 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

J’avais passé une bonne partie de la nuit à travailler à une petite édition des contes les plus sombres de Poe. Au petit matin, mon imagination était encore enflammée par ces récits circonstanciés de crimes horribles et d’enterrements prématurés quand je tombai sur le chat noir de la gardienne. Il s’appelle Toto, mais comme notre aimable cerbère est serbe, je l’ai rebaptisé Tito. Pour une fois, le maréchal félin, d’ordinaire farouche et craintif, ne détale pas à ma vue. Il semble même me fixer avec une sollicitude que je ne peux m’empêcher sur le coup de trouver suspecte. Riant intérieurement de me voir encore si impressionnable, je médite aussitôt après, en bon philosophe, sur l’impuissance de la raison face à de simples représentations, en l’occurrence des représentations même pas miennes, des fantasmes littéraires. Je me dis évidemment que ma réaction spontanée de défiance est culturellement conditionnée : mon fils, qui n’a pas encore 3 ans, non seulement ne craint pas ce chat « tout noir », mais court toujours à ses devants et est franchement déçu lorsqu’il ne l’aperçoit pas à la fenêtre de la loge.

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