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Sur les ondes

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Sur les ondes

(cc) Geran De Klerk / Unsplash

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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec la série radiophonique d’Aline Pénitot, “Le Sentiment océanique”, France Culture vous fait connaître les vertiges de la mer.

Pour prendre le large, écoutez la radio ! France Culture diffuse sur son site une série de quatre épisodes à la rencontre de plongeurs, de marins, de pêcheurs, de scientifiques en mer… de tous ceux qui ont éprouvé l’unique et rare sentiment d’appartenance au grand tout. Cette série documentaire a été conçue par Aline Pénitot, navigatrice et compositrice de musiques électroacoustiques. Elle s’intitule Le Sentiment océanique et prend au mot la métaphore imaginée par Romain Rolland. Pour l’écrivain inspiré par la mystique indienne et Spinoza, la notion recouvre, comme il le note dans une lettre à Freud de 1927, « le fait simple et direct de la sensation de l’Éternel (qui peut très bien n’être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique) ». Le père de la psychanalyse en donne à son tour, au début de Malaise dans la civilisation, une interprétation célèbre, renvoyant l’océanique à une régression narcissique, à ce moment de la psyché infantile où Moi et monde ne forment qu’un. Le champion du monde d’apnée en profondeur Guillaume Néry témoigne plutôt des effets stupéfiants de la « narcose », de « l’ivresse des profondeurs », lorsqu’il est plongé dans l’immensité comme vers « le froid et la mort », « suspendu au milieu de rien » avant que son visage ne transperce la surface. La navigatrice Isabelle Autissier évoque, elle, sa joie à se « perdre dans l’océan », sa détente, enfin, quand se brouillent les frontières de l’espace et du temps et que l’horizon « s’élargit complètement ». Tous les intervenants décrivent ce que le philosophe Michel Hulin nomme l’extase, dans son essai sur La Mystique sauvage (PUF, 2014). Il y dresse une phénoménologie de ce « sentiment d’imbrication mutuelle » avec le monde, qui « aurait pu tout aussi bien, et sans doute plus poétiquement, être désigné comme le “sentiment océanique” ». Renversant la perspective – le mysticisme précède selon lui la religion –, il invite à réhabiliter l’idée d’âme, devenue désuète en philosophie, en la débarrassant de siècles de spéculations théistes. « Le phénomène mystique est pure sauvagerie dans son essence même, écrit-il. Que l’absorption mystique ait été favorisée par une drogue, un choc émotif ou une pratique de prière et d’ascèse, le personnage social, ses croyances, ses idéaux et sa respectabilité y font identiquement naufrage. » C’est à ces rives abandonnées de la conscience qu’Aline Pénitot nous mène, sur les ondes.

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