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“Too Much” ? Tant mieux !

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“Too Much” ? Tant mieux !

Jessica (Megan Stalter) dans la série “Too Much”. © Ana Blumenkron/Netflix

On avait un peu perdu de vue Lena Dunham. Que ses fans se rassurent : elle est de retour avec Too Much, une série qu’elle a écrite, réalisée et produite – et qui a suscité l’enthousiasme d’Ariane Nicolas. Elle nous en dit plus dans notre recommandation culturelle de cette semaine.


 

Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

 

« “You’re too much.” Lorsque Felix ponctue ainsi une conversation avec Jessica, sa petite amie habituée des digressions toniques, la jeune femme se fige : “Je suis... trop ?” Regard inquiet. En anglais, être “too much” signifie à la fois “irrésistible” et “en faire trop”. Que Jessica se rassure, Felix n’avait que le premier sens en tête. L’expression donne son titre à la nouvelle série de Lena Dunham, éphémère égérie des millenials dans les années 2010 avec la série Girls, qu’on avait un peu perdue de vue depuis – à l’exception d’une apparition bien barjot chez Tarantino (Once Upon a Time in Hollywood). Pour sa première collaboration avec Netflix, cette créatrice de personnages hors pair réactive ce qu’on aimait tant chez elle : un sens de l’observation imparable, des dialogues qui fusent, une dépiction crue du réel (notamment sur le sexe), un mélange de gravité et d’absence de sérieux. Jessica, trentenaire névrosée (“Le chaos m’a choisie !”) dont la garde-robe oscille entre les héroïnes de Jane Austen et les déguisements pour enfants, avec option serre-tête à oreilles de lapin, est une responsable marketing qui déménage à Londres pour tenter d’oublier un ex toxique. Elle y rencontre Felix, musicien charmant quoiqu’un peu torturé, et y côtoie le gratin indie. Tout le monde le dit : Jessica prend de la place. Oralement, déjà, c’est un moulin à paroles. Mais aussi physiquement : grande, costaude, assez ronde, elle peine à se faire discrète. Pourquoi le devrait-elle seulement ? Certes, selon La Rochefoucauld, peintre des mœurs de son temps comme Lena Dunham, la vie en société exige quelque retenue : “On doit se souvenir qu’on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder” (Maximes et Réflexions diverses). Mais occuper l’espace peut s’avérer bénéfique pour tous : “Il faut contribuer, autant qu’on le peut, au divertissement des personnes avec qui l’on veut vivre ; mais il ne faut pas être toujours chargé du soin d’y contribuer.” Question d’équilibre, en somme. L’étincelante Jessica “brille”, mais sans oublier de faire briller les autres. De là naît notre attachement pour elle et sa vie rocambolesque. Vite, la suite ! »

 

Too Much, série américaine de Lena Dunham (10 épisodes). Avec Megan Stalter, Will Sharpe, Naomi Watts, Andrew Scott, Adèle Exarchopoulos, Michael Zegen... Disponible sur Netflix.