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Un coup de pouce en plus

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Un coup de pouce en plus

 © Dani Clode design

Cet article est issu du numéro 151 de Philosophie magazine « L’étrange gravité du sexe », en kiosque le 08 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si vous vous dotiez d’un pouce supplémentaire ? C’est ce que propose le designer anglais Dani Clode. Les prothèses transhumanistes de son Third Thumb Project ne sont pas à destination des amputés mais visent à augmenter les capacités « normales » de l’homme – jouer de nouveaux accords à la guitare, porter davantage de choses à une main, etc. La mise en mouvement du dispositif n’est a priori pas évidente : il faut faire pression avec son pied pour actionner l’appareil. Les premiers utilisateurs semblent malgré tout prendre vite le pli, signe de l’incroyable plasticité du cerveau, capable de s’adapter en un temps record à un nouvel organe. Et pas n’importe lequel : entre toutes les innovations évolutives, le pouce a été sans doute l’une des plus décisives. « Le pouce opposable est ce qui différencie le plus nettement l’homme du singe » et des autres animaux, affirmait déjà Paul Valéry dans Mauvaises Pensées et autres (1942). Le pouce nous confère des capacités inédites de préhension, de maîtrise du monde, comme en atteste son étymologie, qui remonte au latin polleo, « avoir beaucoup de puissance, de pouvoir ». Mais cette révolution n’est pas seulement anatomique : « Il faut adjoindre à cette propriété cette autre que nous avons de nous diviser contre nous-mêmes ; notre faculté de produire de l’antagonisme intérieur. Nous avons l’âme opposable. » Le pouce a façonné le psychisme humain. En acquérir un de plus pourrait donc nous changer en profondeur.