Technologie
Qui veut couper les doigts de “Petite Poucette” ?
© Gilles Lambert/Unsplash
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Dans le Journal officiel du 9 mars 2021, la Commission d’enrichissement de la langue française recommande de ne plus employer le mot « digital » et de lui préférer « numérique ». L’occasion de revenir sur une distinction conceptuelle fondamentale.
La Commission d’enrichissement de la langue française recommande de traduire désormais l’anglais digital par « numérique », et de privilégier ce dernier terme dans notre langue. De toute évidence, cette recommandation est très politique, puisque la Commission, présidée par l’écrivain Frédéric Vitoux, entend promouvoir la francophonie et le rayonnement de la langue française, en préservant celle-ci de l’influence anglo-américaine notamment.
Cependant, numérique et digital, s’ils ont un lien de parenté, ne sont pas des termes interchangeables au niveau conceptuel, et pointent deux dimensions distinctes et complémentaires de la technologie.
Un duel Platon-Aristote ?
Numérique vient du latin numerus, « nombre », et renvoie à l’importance du code binaire dans l’univers de l’informatique. Toute information peut être traduite en une succession de 0 et de 1. La numérisation de tous les documents disponibles consiste en une conversion en langage binaire des supports traditionnels – écrits, sons, images. Le format MP3, par exemple, l’un des plus utilisés pour la diffusion de morceaux de musique, repose sur un transcodage binaire des fréquences sonores jugées pertinentes pour l’oreille humaine. Comme le jpeg « classique », qui est lui un transcodage binaire des images, ce format opère ce qu’on appelle une « compression avec perte ». Ainsi, un certain grain de la musique, une certaine finesse des nuances originales d’un tableau seront perdus lors de la numérisation. Celle-ci génère en revanche des fichiers légers, faciles à stocker et à transmettre. Plus largement, l’emploi du mot « numérique » relève d’une conception platonicienne de la technologie, puisqu’il met l’accent sur la manière dont l’informatique s’affranchit de la réalité sensible et lui substitue des structures mathématiques – des nombres, donc. L’informatique est alors saisie en son essence comme un univers d’abstractions, d’idéalités.