La question des enfants

Une fois qu’on a donné un baiser, coment on fait pour l’enelever ?

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Cet article est issu du numéro 53 de Philosophie magazine « 53 - octobre 2011 », en kiosque le 29 septembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les petits enfants sont parfois embêtés lorsque les adultes les embrassent sans rien leur demander. Ils n’osent pas protester, mais, d’un revers de main, ils s’essuient vigoureusement la joue, vaguement dégoûtés de ce contact, salive, lèvres et parfois rouge à lèvres. Mais ta question, cher Jean, est plus profonde. On peut en effet avoir envie d’« enlever » un baiser et de faire en sorte qu’il n’ait jamais été donné. Y compris les baisers qu’on a donnés soi-même. Un jour, à ton âge, les premiers jours d’école, alors que je marchais en rang, en donnant obligatoirement la main à une petite fille encore inconnue, je me suis penché vers elle et, sans réfléchir, j’ai déposé un baiser sur sa joue. Aussitôt, j’ai voulu partir en courant, ne plus jamais revenir à l’école, tellement j’avais honte. Mais impossible, pour elle comme pour moi, d’« enlever » ce baiser désormais ! Même si mes lèvres n’avaient fait qu’effleurer une peau un dixième de seconde et qu’aucune trace ne subsistait, le baiser me paraissait ineffaçable. Ce n’est donc pas sur la joue (ou les lèvres) que le baiser ne s’efface pas mais dans ce que nous éprouvons, croyons, et dans notre mémoire. Pourtant, un baiser n’est en principe qu’un « signe », aussi conventionnel que le salut de la main ou une accolade. Mais il est le plus intime de tous les signes. La bouche n’est plus ce qui sert à parler : elle redevient une bouche de chair. Certains enfants ont même l’impression que qui les embrasse trop les dévore !

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