Intervention
Vers un terrorisme de voisinage ? L’analyse d’Hélène L’Heuillet
Puget-sur-Argens (83), le 8 juin 2025. Les proches d’Hichem Miraoui, un Tunisien tué le 31 mai 2025 par un voisin lors d’un crime qualifié de terroriste et raciste par la justice, ont appelé à une marche blanche “dans la dignité et le respect”. © Miguel Medina/AFP
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Le meurtre raciste d’un Tunisien de 45 ans, Hichem Miraoui, à Puget-sur-Argens (83), conjugue la haine raciste et la haine de voisinage. Il révèle l’émergence d’un terrorisme de proximité qui n’est plus réservé au djihadisme, comme l’analyse ici la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet.
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Le 31 mai dernier, Christophe Belgembe faisait usage des armes à feu en sa possession pour tirer sur ses voisins. Un coiffeur, Hichem Miraoui, tombe sous ses balles pour la seule raison de son origine tunisienne ; un membre d’une famille kurde est également blessé. L’émotion qui frappe l’opinion provient en premier lieu de la mise en série. Un mois auparavant, un jeune Malien, Aboubakar Cissé, mourait sous les nombreux coups de couteau d’un agresseur islamophobe dans la mosquée où il travaillait. Le 31 août 2024, Djamel Benjallabah succombe sous la voiture qui l’a intentionnellement renversé ; au volant se trouvait l’ex-conjoint de sa compagne qui le harcelait de sa haine raciste. On peut aussi se souvenir de Sarah Halimi et de Mireille Knoll, toutes deux victimes d’un assassinat antisémite respectivement les 4 avril 2017 et 23 mars 2018. Les points communs de ces homicides ? Ils ont été commis dans l’espace de voisinage et témoignent d’une haine qui ne supporte aucun refoulement. Mais ce qui bouleverse dans le cas d’Hichem Miraoui est qu’il s’inscrit de surcroît dans une logique de terreur qui a conduit le pourtant très prudent Parquet national antiterroriste (Pnat) à se saisir de l’affaire. Au moment où s’ouvre, mardi 10 juin, le procès de membres du groupe d’ultra-droite AFO (« Actions des forces opérationnelles ») qui préparait des attentats racistes, le meurtre du coiffeur de Puget-sur-Argens illustre aussi le rapport en miroir qu’entretiennent le djihadisme et le populisme.