Haut lieu
Vincennes, France. Diderot et Sade derrière les barreaux
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Cet article est issu du numéro 57 de Philosophie magazine « 57 - mars 2012 », en kiosque le 23 février 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Au XVIIIe siècle, le donjon du château de Vincennes, devenu prison d’État, a accueilli ces deux penseurs des Lumières parmi ses illustres pensionnaires.
Aux portes de Paris, les murs d’enceinte du château de Vincennes abritent un donjon du XIVe siècle aux allures de forteresse. C’est dans les angles arrondis en tourelles de cette ancienne résidence royale, transformée en geôle, que furent incarcérés deux grands penseurs du siècle des Lumières, l’un pour son esprit trop libre, l’autre pour son « libertinage outré ».
Pour Diderot, les ennuis commencent le 24 juillet 1749 : son domicile perquisitionné, il est arrêté et conduit à Vincennes sur ordre de Louis XV. Son crime ? La Lettre sur les aveugles, teintée de matérialisme athée, qui rapporte aux perceptions du corps les conceptions morales et religieuses. « Il est très important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu », explique Diderot à Voltaire. Accablé par l’isolement carcéral, il s’occupe à traduire l’Apologie de Socrate, où Platon évoque le procès du philosophe et sa condamnation à mort. Si ses amis font déjà de lui le Socrate de Vincennes, Diderot préfère nier être l’auteur des ouvrages qu’on lui reproche. Au moins y gagne-t-il l’assouplissement de ses conditions de détention : il peut désormais recevoir des visites et se promener dans le parc du château.