Voilà qui ne fait pas un pli
© Charles Berberian
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Cet article est issu du numéro 111 de Philosophie magazine « L’idéal de simplicité », en kiosque le 06 juillet 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Je me méfie des raisonnements fondés sur l’étymologie. Je répugne à admettre qu’il y aurait dans l’histoire secrète des mots davantage d’intelligence que dans l’usage conscient que nous sommes capables d’en faire. Et puis le langage évolue comme une ville ; une ancienne bâtisse est rasée, on en érige une neuve ; il entre dans la sédimentation des époques et des styles une bonne part d’imprévu et de cacophonie, d’où ne ressort aucun sens précis, sinon peut-être une tonalité…
Mais l’étymologie du mot simplicité m’a carrément agacé. Elle choque le bon sens. Le mot vient du latin simplex, qui est lui-même un dérivé de semel – « une fois » – et de plecto – « plier ». Est donc « simple » ce qui est « plié une fois ». Au Moyen Âge, certains latinistes semblent avoir estimé, comme moi d’ailleurs, qu’il y avait là un affreux malentendu, que le mot devait être formé sur sine – sans – et qu’il devait signifier « qui n’a pas de pli ». Ce serait évidemment plus conforme à nos intuitions communes. Mais non, l’étymologie résiste. Est simple ce qui n’a qu’un pli. Du point de vue moral, on oppose la simplicité, considérée comme une qualité proche de la sincérité, à la duplicité, de duplicitas, caractère de ce qui est double, trompeur et dissimulé. Mais ce qui est plié une fois n’est-il pas également dédoublé ? Simplicité et duplicité ne deviendraient-elles pas du même coup synonymes ?