X-phi, la vérité est ailleurs…

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Katja Wiech est une chercheuse allemande fraîche et joyeuse qui est fascinée par la douleur. Elle a découvert un tas de choses ; par exemple, qu’en infligeant des décharges électriques à des catholiques pratiquants tandis qu’ils contemplent une image de la Vierge, ceux-ci ressentent moins de douleur que les athées qui ont reçu pourtant les mêmes chocs désagréables. Wiech est neurologue. Mais le plus étrange, c’est qu’elle travaille avec des philosophes. Si l’on en croit leurs caricatures, les philosophes sont des gens d’un autre monde, assis dans les fauteuils confortables d’un collège d’Oxford et spéculant sur la nature de la réalité, à peine aidés de quelques livres. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas toujours vrai. […] Une nouvelle école de pensée, particulièrement dynamique, émerge avec la volonté affichée de dépoussiérer la philosophie à l’ancienne en plaçant l’expérimentation au centre de ses préoccupations. Elle porte un nom qui ferait les délices d’un senior de la pub : X-phi. Elle a ses blogs, ses livres, et un nombre croissant de chercheurs dans des universités d’élite. Elle possède même un sigle : un fauteuil en flammes. Pour autant que la philosophie puisse l’être, la X-phi est tendance. Hélas, elle a aussi tendance à agacer de plus en plus de monde. […] David Hume, en son temps, avait mélangé raison et expérience ; son Traité de la nature humaine était sous-titré Essai pour introduire la méthode expérimentale de raisonnement dans les sujets moraux. Mais l’idée de philosophie expérimentale dérange la plupart des philosophes d’aujourd’hui. Pour les fans en revanche, il s’agit bel et bien de philosophie. Sous la bannière X-phi, on peut distinguer plusieurs types d’activités. Dans le cas de Katja Wiech, philosophes et neurologues travaillent main dans la main pour analyser l’activité neuronale de patients à qui l’on soumet des problèmes de philosophie morale. […] En un sens, cette entreprise de philosophie expérimentale est éminemment aristotélicienne.

Cet article est réservé aux abonnés