Michel Serres : “Notre rapport à la vérité s’est brouillé”

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Michel Serres : “Notre rapport à la vérité s’est brouillé”

Michel Serres. © John Foley/Opale.photo

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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Michel Serres n’a jamais adhéré au projet de certains philosophes contemporains de « déconstruire » la vérité. Il livre son diagnostic sur ce que l’on appelle l’ère de la « post-vérité » et nous explique comment y résister.

 

Vivons-nous à l’ère de la fin de la vérité ?

Michel Serres : Le scepticisme a fait des pas de géant. Donald Trump le reconnaît : l’important n’est pas de savoir si ce qu’il dit est vrai, du moment qu’il exprime ce que ressentent les gens. Dans le débat public, on ne se demande plus si l’aspirine est efficace, on se demande combien de personnes pensent que l’aspirine est efficace. Notre rapport à la vérité s’est brouillé. Pour y voir plus clair, je distinguerais trois types de vérité. Il y a d’abord les vérités de raison, rigoureuses et démontrables, comme les vérités logiques ou mathématiques. Il y a ensuite les vérités de fait, précisément établies, comme dans les sciences expérimentales ou dans les sciences historiques, étayées sur des preuves et des témoignages concordants. Enfin, il y a les vérités d’opinion : ce que nous croyons vrai sans pouvoir l’étayer. Par exemple : « C’était mieux avant ! » Les deux premiers types de vérité exigent un travail pour être établis. C’est ce qui distingue la vérité : elle est proportionnelle au volume de travail exigé pour y parvenir. À l’inverse, les vérités d’opinion ne demandent pas de travail. Pour une raison simple : la distance qui existe entre le sujet et l’objet – centrale dans les sciences dures et réduite dans les sciences humaines où le sujet se prend lui-même comme objet de connaissance – tend ici à disparaître.

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