Bac philo 2008
Corrigés du bac philo - filière générale : “La perception peut-elle s’éduquer ?”
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La perception d'une chose se fait au moyen de mes cinq sens. Je touche une peau lisse, je vois une petite sphère orange, je sens une bonne odeur acidulée, j'entends le bruit de l'écorce qui se détache, je goûte la chair fruitée. Je perçois une mandarine.
Pour percevoir, tout comme les animaux, l'homme n'a apparemment besoin ni de langage, ni de pensée. Un homme préhistorique percevait certainement, à partir des mêmes sensations physiques, la même mandarine — à supposer que ce fruit existât.
Situé à la base des sentiments (affects) et des pensées (concepts), la perception sensible nous apparaît de prime abord comme une sorte de matériau objectif et brut, une pure donnée.
L'éducation, au contraire, représente les pôles du changement (vers le mieux, à moins de recevoir une mauvaise éducation), du travail et du langage. On éduque un enfant à dessiner, écrire, calculer, savoir, comprendre, réfléchir. On peut parfois essayer, sans garantie de résultats, d'éduquer ses sentiments : à respecter certaines valeurs, à aimer son pays, à croire en telle ou telle chose.
Mais éduquer une donnée sensible, la perception ? L'éducation semble aller du langage au langage par le langage. Il faut un contenu de l'éducation, qui passe par des mots, et qui s'adresse à des êtres parlants, capables de comprendre. Or percevoir une mandarine ne semble pas être le fruit d'une éducation.
À première vue, il semble donc que l'idée d'éducation de la perception soit totalement illogique, absurde.
Cependant, si l'on renonce à éduquer la perception, que se passe-t-il ?
D'abord on laisse les gens dans l'erreur. Si je crois que les roues des voitures tournent vraiment en arrière, que le soleil est tout proche de la terre, que le train dans lequel je me trouve est en mouvement alors qu'il est immobile (ou vice-versa), je suis victime de mes sens et je me rends incapable de réparer les petits défauts de ma perception.