Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Du latin intuitere, « voir ». L’intuition désigne une connaissance immédiate et, pour cette raison, évidente. En philosophie, ce terme est central dans la théorie de la connaissance de Descartes, la première règle de la méthode étant de fonder tout savoir sur une évidence première, connue par intuition. Descartes la définit à cet égard comme « la conception ferme d’un esprit pur et attentif ». C’est par exemple par intuition que nous est donnée la certitude de notre existence. L’intuition est donc première par rapport à la déduction. Chez Kant, l’intuition pure concerne les formes a priori de la pensée : l’espace et le temps, conditions d’apparition de tous les phénomènes et de la connaissance objective. Sa portée n’est donc plus métaphysique, c’est-à-dire tournée vers ce qui ne relève pas de l’expérience. Pour Bergson, au contraire, l’intuition, loin de servir la science, est ce qui nous permet d’accéder à la dimension spirituelle du réel : elle se définit comme une « espèce de sympathie intellectuelle » par laquelle nous saisissons la durée intensive (laquelle ne peut se décomposer en moments chronométrables) qui constitue l’épaisseur de la conscience et la densité du monde. Selon lui, les mystiques sont ceux qui, par intuition, ont accès à la connaissance de cet « élan vital », souterrain et créateur, qui fait que l’évolution fait jaillir de nouvelles formes de vie dans l’univers.
Né le 18 octobre 1859 à Paris d’un père juif polonais et d’une mère anglaise, Bergson est de son vivant une star de la philosophie. On se presse à ses cours au Collège de France où il est nommé en 1900, on le lit et on le commente dans les salons, on lui décerne le prix Nobel de littérature en 1927.
« Je pense donc je suis », « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » : peu de philosophes peuvent se vanter d’avoir formulé des idées qui ont à ce point changé la face du monde. Né à La Haye-en-Touraine le 31 mars 1596 (la ville a depuis pris son nom), Descartes est de ces penseurs dont on peut dire qu’il y a un avant et un après eux.
On ne retient souvent de Kant qu’un visage austère et une vie rigoureuse à l’extrême. D’une santé fragile, Kant observait effectivement un régime de vie strict, avec un rythme de travail soutenu et sa fameuse promenade à heures fixes.
Faire de Dieu une machine à calculer parfaite, voir en chaque individu un reflet de l’univers, soutenir que la vie est partout et la mort nulle part, trouver une langue universelle pour rapprocher tous les peuples... Autant d’idées pour le moins originales qui signent la pensée de Leibniz, philosophe rationaliste et baroque à la fois.
Les philosophes ont identifié sept opérations majeures de la pensée humaine, autant d’aptitudes intellectuelles qui nous permettent de comprendre…