Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Courant de pensée qui estime que la vérité est inaccessible et qu’il faut donc adopter une attitude critique à l’égard de toutes les opinions dogmatiques en les « examinant » (skeptikos signifiant « celui qui examine » en grec). Fondée par le grec Pyrrhon d’Élis (ce pourquoi le terme de scepticisme a pour synonyme « pyrrhonisme »), cette doctrine déploie un arsenal de contre-arguments logiques (comme la régression à l’infini, la pétition de principe) pour remettre en cause toute affirmation qui prétend atteindre le vrai. Elle ne doit pas être confondue avec celle des sophistes, en ce sens que l’exigence de la suspension du jugement (epochè) a chez les sceptiques une portée morale : elle invite à adopter une attitude « indifférente » (adiaphora) pour ne pas désirer davantage une chose qu’une autre. Le sceptique sera donc sans opinion (adoxastous), sans inclination (aklinesis), sans agitation (akrandous einai). Le scepticisme se retrouve aussi dans la pensée bouddhique, en particulier chez Nāgārjuna. Repris à la Renaissance par Montaigne, qui fait de la question « Que sais-je ? » sa devise, le pyrrhonisme est critiqué par Pascal, qui y voit un obstacle à la foi tout en considérant qu’il est utile pour rabaisser les prétentions du rationalisme à tout vouloir connaître. Hume l’adopte de manière modérée : son scepticisme « mitigé » lui permet de dénoncer les perversions logiques et les excès de l’imagination, tout en accordant par bon sens une crédibilité aux phénomènes de la vie pratique (par exemple, pris dans un incendie, il serait absurde de rester immobile sous prétexte que les flammes pourraient ne pas exister). Aujourd’hui, le scepticisme se retrouve en moral chez Bernard Williams, qui soutient que les dilemmes moraux sont rationnellement insolubles.
Comment vivre avec l’incertitude ? C’est la grande question que ce penseur du scepticisme moderne a prise en charge. Il l’a éprouvée dans sa vie, avant de fonder sur elle sa théorie de la connaissance mais aussi sa vision de la morale et de la politique. Le jeune Écossais rejette les études de droit auxquelles on le destine et traverse une crise existentielle profonde qui le conduit à s’exiler en France.
Écrivain ou philosophe ? Les deux Monseigneur, et bien plus encore puisque Michel Eyquem de Montaigne fut également magistrat, conseiller au Parlement, diplomate et maire de Bordeaux !
Nāgārjuna est le promoteur d’une autre conception du réel, fondée sur la « vacuité ». La vie de ce moine bouddhiste, né entre le IIe et le IIIe siècle au sud-est de l’Inde, reste peu connue et largement mythique. Nāgārjuna est cependant réputé pour avoir fondé l’École du Milieu, en hommage à la Voie du Milieu prônée par l’enseignement de Bouddha.