“L’Esprit du surf”, de Guillaume Durand : l’école des vagues

Une recension de Cédric Enjalbert, publié le

« Surfer, c’est apprendre à philosopher », Guillaume Durand l’affirme. Il pratique habituellement l’éthique médicale à l’hôpital de Nantes mais aussi le surf en amateur. Ses deux activités ne sont pas sans lien car ethos, en grec, désigne une façon d’habiter le monde, de s’y tenir et de s’y comporter. Or « le surf, écrit-il, invite l’être humain à se considérer comme un simple membre de l’océan, et plus largement de la Nature ou de l’Univers, dont les relations aux autres éléments sont constitutives de son être ». Il a eu cette illumination, qu’il qualifie de « seconde naissance », un jour brumeux de novembre, après s’être inscrit à un premier cours, dans une période de sa vie qu’on devine plutôt morne. Cette pratique l’a finalement mené à préciser sa façon de faire de la philosophie (une méthode), sa manière de se représenter le monde (une ontologie) et son rapport à l’écologie (une éthique et une politique). D’abord, il le souligne, « la philosophie du surf est profondément empiriste », car en mer, la connaissance dérive de l’expérience sensible. Ensuite, la glisse nécessite d’être attentif au kairos, au moment opportun, se représentant le monde comme un processus sans fixité ni substrat, constitué seulement d’événements, dont la vague qui passe sans jamais se reproduire est un bon symbole. Inspiré par Spinoza, l’auteur voit ainsi dans le geste du surfeur qui épouse cette contingence et reconnaît ses déterminations une manière d’être libre. Guillaume Durand avance avec pédagogie et clarté pour finalement aboutir à ce qu’il appelle, dans les pas du fondateur de l’écologie profonde, le philosophe Arne Næss, une « écosophie », soit une pensée relationnelle, sensible à l’équilibre de l’« écosphère » dans laquelle s’inscrit l’humain. « Le surf, conclut-il, nous invite à revenir à l’essentiel, puis, hors de l’eau, à nous faire les messagers de ce que l’océan nous a appris : que puis-je faire pour participer à l’unité harmonieuse de la Terre et me sentir heureux ? » Et voici une belle manière de prendre le large !

Sur le même sujet

Article
2 min
Tobie Nathan

Lorsque, juché sur votre planche, vous glissez sur l’onde, peut-être ne réalisez-vous pas que vous rendez hommage à une divinité hawaïenne de la fécondité ?