Droit de réponse
“Distinguer le ‘faire mourir’ et le ‘laisser mourir’” : Pierre Jova répond à Guillaume Durand
Image d’illustration. Service funéraire de l’athlète paralympique belge Marieke Vervoort, décédée à l'âge de 40 ans, à Diest (Belgique), mardi 29 octobre 2019. La championne sportive souffrait d’une maladie musculaire progressive, la dystrophie sympathique réflexe. Elle a choisi de mettre fin à ses jours par euthanasie. © Yorick Jansens/Belga via AFP
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Il y a un peu plus de deux semaines, le philosophe Guillaume Durand, spécialiste de bioéthique, dressait une recension critique du petit livre du journaliste Pierre Jova, Peut-on programmer la mort ? (Le Seuil, 2023), qui a mené une enquête sur l’euthanasie et le suicide assisté en Belgique et en Suisse. L’auteur lui répond.
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« C’est un honneur de lire une recension de son propre travail dans les colonnes de Philosophie magazine. Il y a deux semaines, Guillaume Durand, maître de conférences en philosophie à l’université de Nantes, analysait ma publication Peut-on programmer la mort ?, qu’il juge “limitée et partiale”. Je le remercie d’avoir pris la peine de me lire et de nous fournir l’occasion d’aller au cœur du débat. Journaliste au magazine La Vie, j’ai effectué un long reportage à l’été 2022 sur le “modèle belge” d’euthanasie, vanté quelques mois auparavant par Emmanuel Macron. Rappelons que la Belgique l’a dépénalisée en 2002, puis l’a étendue aux mineurs en 2014.
Une opinion personnelle assumée, et informée
L’expérience m’a donné envie d’aller plus loin avec ce livre. Au total, j’ai rencontré une soixantaine de personnes pendant une trentaine d’heures d’entretiens, entre juillet 2022 et mai 2023. J’ai assisté à trois séances sur six de la formation End of Life (EOL), dispensée par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité aux soignants belges francophones, entre décembre 2022 et avril 2023. Je me suis enfin aventuré en Suisse, pour découvrir le vide juridique permettant l’assistance au suicide.
Citoyen et journaliste, je ne suis pas universitaire comme mon contradicteur, et encore moins philosophe. Mes investigations m’ont néanmoins permis de me forger une conviction sur une réalité vérifiable, et des faits que je rapporte. Je n’ai pas honte de les avoir parfois récoltés dans le couloir d’une consultation, dans la confidence d’une brasserie ou à l’arrière d’un taxi : la parole y est souvent plus libre qu’ailleurs. Je prends donc position contre l’euthanasie et le suicide assisté, sans me cacher, dans une collection qui s’honore de publier des textes d’opinion.