“Vengeance. Le droit de ne pas pardonner”, de Laurence Devillairs : je me venge donc je suis

Une recension de Sonia Feertchak, publié le

Comme j’aurais aimé que ce texte soit écrit plus tôt ! Si j’avais pu le lire avant, ma vie en aurait été adoucie. Je ne serai pas seule à refermer Vengeance de Laurence Devillairs en pensant ainsi. Son essai est d’abord un morceau de bravoure. Car « la société, la religion, le droit, la philosophie condamnent la vengeance. [La] sagesse la rejette, l’État la punit, la morale la réprouve ». Aussi le premier mérite du livre est-il d’alléger la culpabilité de tous ceux qui sont incapables de tourner la page. 

De qui, de quoi a-t-on envie de se venger ? Laurence Devillairs l’écrit d’entrée au « je » : « J’ai subi l’injustice. » L’injustice a ceci de singulier qu’elle relève à la fois d’une violence et de l’impossibilité pour la victime d’être reconnue comme telle, ce qui constitue « le plus douloureux des désespoirs ». Soit qu’on ne la croira pas (c’est le cas de la majorité des enfants abusés), soit qu’on lui imputera la responsabilité de la violence qu’elle subit (comme le Monte-Cristo de Dumas). Travestissant toujours la vérité, l’injustice demeure impunie. « Elle rend la blessure irréversible. »

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