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“Vengeance”
Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cinq penseurs vous servent un plat qui se mange froid.
Aristote (384-322 av. J.-C.)
« Rendre la pareille est juste, et le juste beau. » Lésés, nous devenons des « personnes amères » envahies par « une aigreur malaisée ». Or la vengeance nous délivre de ce « poids sur l’estomac » et suscite « du plaisir à la place du chagrin ». En tant que « forme d’apaisement », elle est donc bien « le fait d’une vertu » !
Hegel (1770-1831)
La vengeance semble équitable « dans la mesure où elle est rétribution ». Mais, régie par « une volonté subjective », elle échoue à faire justice et crée une spirale du délit. Seules la punition et la « réconciliation avec la loi » permettent de « supprimer le crime » et au criminel de n’être confronté qu’à l’« acte qui est le sien ».
Nietzsche (1844-1900)
L’acte de vengeance, dont il existe « de subtiles variétés », ne dépend pas « du bon vouloir d’un homme ». Ainsi, refuser de se venger reste une forme de vengeance, matérialisée par un mépris « sublime et très sensible ». « Instinct de conservation » ou action préméditée, « exercer la vengeance équivaut à exercer la justice ».
Beauvoir (1908-1986)
« Seule la vengeance » lie le « crime au châtiment ». Mais le risque est trop grand, car elle « dégénère presque fatalement en tyrannie ». Nous devons nous en remettre aux juges, même s’il « n’y a en eux aucune volonté concrète » et que la sanction légale « n’est qu’une forme vide ». Toute sentence « comporte une part d’échec ».
Ricœur (1913-2005)
La vengeance est « la plus tenace des formes de la violence » et, faisant barrière à la « paix sociale », elle n’a aucune place en société. Bien qu’elle « garde encore la marque visible de cette violence originelle », la justice repose précisément sur la confiscation de cette « prétention de l’individu à se faire justice à lui-même ».