Match

“L’enfer, c’est les autres” : quand Beauvoir contredit Sartre

Temps de lecture : 4 min

“L’enfer, c’est les autres” : quand Beauvoir contredit Sartre

© Fondation Abbé Pierre

Cet article est réservé aux abonnés.

« L’enfer c’est les autres », écrivait Jean-Paul Sartre. Une campagne récente de la Fondation Abbé Pierre, elle, corrige la citation : « L’enfer c’est soi-même coupé des autres ». Une réplique qui rappelle adressées par Simone de Beauvoir à la conception d’autrui que se fait Sartre.

 

Que veut dire au juste la phrase de Sartre ? Pour le comprendre, il faut revenir aux catégories fondamentales de sa pensée. L’être humain, dit Sartre, est un « être pour soi » : il s’éprouve d’abord comme une liberté absolue, c’est-à-dire comme un vide, un néant, une indétermination foncière : il peut aller dans toutes les directions, faire tout ou son contraire. Cet être pour soi s’oppose à « l’être en soi », enfermé en lui-même, dans les limites d’une nature déterminée, celle des choses – une pierre, une table. Mais ces deux sphères, celle du pour-soi et de l’en-soi, communiquent… et, pour Sartre, c’est tout le drame. Car c’est par le biais d’autrui qu’elles communiquent : « S’il y a un Autre, quel qu’il soit, où qu’il soit, quels que soient ses rapports avec moi […], j’ai un dehors, j’ai une nature ; ma chute originelle, c’est l’existence de l’autre. » 

Le regard d’autrui, en effet, me fige. Il me détermine irrémédiablement (comme lâche, jaloux, envieux, etc.). Il fait de moi un objet, un en-soi. « Tous ces regards qui me mangent… » dit Sartre. La rencontre avec autrui objective. Pour le philosophe existentialiste, la libération est toujours une libération de l’emprise d’autrui. Elle est sous-tendue par une dynamique violente où, pour forcer le trait, « l’homme se transforme en objet s’il n’arrive pas à dominer autrui ». Il faut chosifier l’autre, se couper de lui, pour le priver de sa capacité à me déterminer. Donc, les autres, c’est vraiment l’enfer ! 

Cet article est réservé aux abonnés