Sartre par François Noudelmann : “Même enfermé, ma responsabilité demeure”

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Sartre par François Noudelmann : “Même enfermé, ma responsabilité demeure”

(cc) JR Korpa / Unsplash

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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Sartre, ma liberté ne m’engage pas seulement par rapport à moi-même. Elle m’impose de me sentir responsable de la situation dans laquelle je suis plongé. Comme l’explique François Noudelmann, qui commente ici un extrait de “L’Être et le Néant”, je ne peux pas faire comme si le sort des autres, pendant l’épidémie, m’était indifférent.

« L’homme, étant condamné à être libre, porte le poids du monde tout entier sur ses épaules : il est responsable du monde et de lui-même en tant que manière d’être. Nous prenons le mot de “responsabilité” en son sens banal de “conscience d’être l’auteur incontestable d’un événement ou d’un objet”. En ce sens, la responsabilité du pour-soi est accablante, puisqu’il est celui par qui il se fait qu’il y ait un monde ; et, puisqu’il est aussi celui qui se fait être, quelle que soit donc la situation où il se trouve, le pour-soi doit assumer entièrement cette situation avec son coefficient d’adversité propre, fût-il insoutenable ; il doit l’assumer avec la conscience orgueilleuse d’en être l’auteur, car les pires inconvénients ou les pires menaces qui risquent d’atteindre ma personne n’ont de sens que par mon projet ; et c’est sur le fond de l’engagement que je suis qu’ils paraissent. Il est donc insensé de songer à se plaindre, puisque rien d’étranger n’a décidé de ce que nous ressentons, de ce que nous vivons ou de ce que nous sommes. Cette responsabilité absolue n’est pas acceptation d’ailleurs : elle est simple revendication logique des conséquences de notre liberté. »

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