Tribune libre
Hartmut Rosa. Trois leçons sur la crise du coronavirus
Chicago (États-Unis). © Benjamin Suter/Unsplash
Cet article est réservé aux abonnés.
Le ralentissement du monde n’est pas un fantasme. La politique peut contrôler l’économie. Nous avons la possibilité de changer de modèle social. Ce sont les trois convictions que le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa, auteur d’“Accélération. Une critique sociale du temps” et, récemment, de “Rendre le monde indisponible”, a forgées lors de la crise du coronavirus. Voici un manifeste inédit et porteur d’espoir.
Dans la crise du coronavirus, la confusion et les divergences d’interprétation sont considérables. Si l’on essaie de faire abstraction des innombrables souffrances humaines causées par le virus – ainsi que des risques politiques, économiques et sociaux qui en découlent – et que l’on adopte un regard sobre et théorique, quelques faits têtus semblent toutefois importants à retenir.
Premièrement : dans le monde du mouvement physique et matériel, dont celui, plus spécifiquement, de la production et de la circulation, on observe, dans certains cas, une réduction de plus de 80 % du trafic. Les secteurs de la culture et de l’éducation sont eux aussi presque totalement à l’arrêt dans bien des pays. Le ralentissement est donc en ce moment un fait macrosocial et non un fantasme nostalgique et rétrograde, comme l’affirment souvent les critiques de cette idée.