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Le “Joyeux Noël” de Jean-Paul Sartre

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Le “Joyeux Noël” de Jean-Paul Sartre

(cc) mrpstr - Jérôme Coppée / Flickr

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Cet article est issu du numéro 65 de Philosophie magazine « 65 - décembre 2012, janvier 2013 », en kiosque le 29 novembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Athée, critique de l’aliénation religieuse… et auteur d’une très belle description de la Nativité. C’est en 1940, alors qu’il est prisonnier en Allemagne que le futur auteur de “L’Être et le Néant” signe cette “crèche vivante” à la demande de ses compagnons de détention. Cette expérience contribue à faire muer cet individualiste en philosophe de la liberté.

« Aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit. Et c’est dans un de ces moments-là que je peindrais Marie, si j’étais peintre, et j’essaierais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant-Dieu dont elle sent sur ses genoux le poids tiède et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie. »
écrit Jean-Paul Sartre dans Bariona, ou le jeu de la douleur et de l’espoir (Théâtre complet, Pléiade, Éditions Gallimard).


La Nativité d’un athée

Jean-Paul Sartre, le philosophe de la liberté, athée, auteur d’une description émerveillée de la crèche de Noël et de la nativité du Christ ? On a du mal à le croire. Et pourtant, ce texte est extrait d’une pièce de théâtre, Bariona, ou le jeu de la douleur et de l’espoir, écrite, mise en scène et jouée par Sartre – grimé en Balthazar, le Roi mage ! – en 1940, alors qu’il était prisonnier au Stalag XII-D de Trèves, en Allemagne. À l’approche de Noël, des compagnons de captivité, dont beaucoup sont catholiques, sollicitent Sartre pour qu’il écrive une pièce qui leur redonnerait espoir. Auteur de deux récits, La Nausée et Le Mur, Sartre est encore cet intellectuel solitaire et indépendant, anarchisant, passionné par son temps, mais sans aucune conscience politique. Or, c’est en captivité qu’il découvre la solidarité d’un collectif soudé par une même cause : « C’est là que je suis passé de l’individualisme et de l’individu d’avant-guerre au social et au socialisme. » La pièce est un énorme succès. Elle se joue les 23, 24 et 25 décembre 1940 et réunit à chaque fois près de deux mille personnes. « Croyants comme athées assistèrent au spectacle dans une communion spirituelle si grande que je conclus qu’une soirée théâtrale réussie est comme une expérience religieuse et je sus à ce moment-là que je continuerais à écrire des pièces de théâtre. » Sartre s’empare du récit de la naissance du Christ pour y enchâsser ce qui est en train de devenir sa grande question philosophique, celle de la liberté. Bariona, le personnage principal – une pure invention sartrienne – est le chef d’une communauté juive refusant de se soumettre à la tyrannie des Romains. Il donne l’ordre aux siens de ne plus faire d’enfants en guise de résistance. Mais sa propre femme lui annonce qu’elle est enceinte et le supplie de revenir sur sa décision. Il refuse, à moins que Dieu ne lui envoie un signe… Ce sera l’annonce de la venue prochaine du Christ ! Pensant d’abord le supprimer, Bariona se convertit et se sacrifie pour assurer la survie de Jésus.

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