1. L'Islam du vendredi
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les Iraniens aiment cette formule qui explique en un mot la différence entre l’époque du chah et celle des mollahs : « Avant, on priait à la maison et on buvait dans la rue. Maintenant, c’est le contraire. » Je constate dès mon arrivée que la première partie de la phrase est exacte (pour la seconde, j’attendrai mon retour à Téhéran). J’assiste à la grande prière du vendredi, dans la salle disproportionnée qui jouxte le mausolée de Fatima. J’ai l’impression paranoïaque que le majestueux clerc qui mène la prière, protégé de plusieurs gardes du corps bras croisés, fronce les sourcils en me regardant, seul debout parmi ces centaines d’hommes qui se prosternent en cadence. Son prêche est aussi politique que spirituel – l’imam du vendredi, nommé par l’État, étant chargé de relayer les messages officiels. Il vante la position inflexible de l’Iran sur le dossier nucléaire, tandis que les négociations patinent et que la levée des sanctions occidentales se fait toujours attendre. Il évoque l’« État islamique » (ici, on dit Da’ech), cette armée de rebelles sunnites qui a entamé en juin une offensive éclair en Irak, à majorité chiite. Les rumeurs enflent sur la participation de troupes iraniennes aux combats contre les djihadistes. Et une alliance objective entre les États-Unis et l’Iran contre ces rebelles se dessine. Faux, rétorque le clerc : « Jamais, jamais l’Iran n’aura un plan commun avec les États-Unis. » Le slogan rituel retentit alors dans la salle : « Mort aux États-Unis ! Mort à Israël ! » Ce n’est pas le moment d’éternuer.