Cinéma
“Iranien” de Mehran Tamadon : le libéral face aux théocrates
Iranien © Mehran Tamadon
Iranien athée, le réalisateur Mehran Tamadon a convaincu quatre mollahs de venir habiter et discuter avec lui durant deux jours. De ce huis clos, il tire une interrogation: comment vivre ensemble lorsque l’appréhension du monde des uns et des autres est si opposée? Réponse avec Iranien, en salle le 3 décembre 2014.
Le cinéaste iranien Mehran Tamadon, athée assumé, invite quatre mollahs à passer deux jours dans la résidence secondaire de sa mère près de Téhéran. Cet adepte de la laïcité à la française veut comprendre les arguments des partisans de la ’velayat-e faqih’ (ولایت فقیه), ou « guidance du juriste religieux ». Ce principe, théorisé par l’ayatollah Khomeiny pour légitimer son pouvoir, constitue la clé de voûte de la République islamique instaurée en 1979. Il soumet toutes les instances civiles au Guide suprême (aujourd’hui, l’ayatollah Khamenei) et aux assemblées de clercs. Un athée – et Tamadon est loin d’être le seul en Iran – a-t-il sa place dans une telle société ?
C’est ce que veut expérimenter le cinéaste en créant un « espace public » dans sa maison. Le libéral et les théocrates cherchent des règles communes qui leur permettraient de vivre ensemble. C’est loin d’être évident, tant les convictions s’opposent. À ce moment de la discussion, Tamadon raconte qu’il a eu toutes les peines du monde à convaincre des religieux de venir passer deux jours avec un « impie ». Certains auraient craint d’être persécutés par les services de renseignement, omniprésents dans le pays. Mais les clercs sont de redoutables polémistes et affirment qu’ils n’ont pas peur du tout. Au contraire, ils prétendent profiter de cette invitation pour faire la promotion de leur régime à l’étranger en mettant le laïc aux prises avec ses contradictions. Bref, ils dramatisent l’enjeu. Qui l’emportera ? Réponse le 3 décembre avec Iranien.
Pour aller plus loin, lire aussi le reportage de Michel Eltchaninoff, qui s'est rendu à Qom, l’équivalent chiite du Vatican, où il a rencontré les ayatollahs les plus influents : « Sermon sur la chute de Qom ».