11 vaccins obligatoires. Est-il rationnel de s’y opposer ?

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© Riki Bianco/Valérie Oualid

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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants passera de trois à onze d’ici à 2018. Une décision gouvernementale qui suscite bien des débats dans l’opinion publique. L’État peut-il disposer de notre santé ? Le philosophe Olivier Rey, spécialiste d’Ivan Illich (1926-2002), un penseur critique des institutions médicales, répond.

En 2018, onze vaccins infantiles deviendront obligatoires. Cette annonce de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui a été confirmée par le Premier ministre Édouard Philippe, ravive un débat qui n’est pas sans rappeler celui qui a agité l’Europe au XVIIIe siècle. À cette époque, la première cause de mortalité sur le continent était la variole (ou petite vérole). Pour s’en prémunir apparut, importée d’Extrême-Orient, la technique de l’inoculation : en égratignant la peau pour introduire dans la blessure le liquide con­tenu dans les pustules d’un varioleux, on induisait une forme atténuée de la maladie, protectrice des formes graves. Le procédé était efficace mais périlleux : dans un cas sur deux ou trois cents, il provoquait la mort du patient. Était-il raisonnable de courir un tel risque ? En 1760, le mathématicien Daniel Bernoulli estima qu’une inoculation systématique eût accru de trois ans l’espérance de vie à la naissance. Le parti « éclairé » prit fait et cause pour l’inoculation – à l’exception notable de d’Alembert, qui fit valoir que si la mesure était dans l’intérêt de l’État, il était néanmoins compréhensible que des parents refusent d’exposer leur enfant à un risque de mort immédiate sur les bases d’une statistique.

À la fin du siècle, Edward Jenner remarqua que les trayeuses de vaches étaient très peu sujettes à la variole. Il attribua cette immunité au fait que, étant au contact d’animaux souffrant d’une maladie infectieuse appelée vaccine (de vacca, la vache), elles avaient elles-mêmes contracté cette maladie, apparentée à la variole mais beaucoup moins dangereuse. Dès lors, on pouvait immuniser contre la variole par l’intermédiaire de cette vaccine (d’où le nom de vaccination). La disproportion entre la bénignité de la vaccination et la gravité de la variole justifia la généralisation progressive de la pratique au cours du XIXe siècle. La variole a aujourd’hui disparu.

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