Au fil des âges

20 ans, un bel âge ?

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est étrange : on regrette souvent ses 20 ans, mais on n’en profite guère quand on les a. « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait », dit l’adage. Paul Nizan allait même plus loin, au début de son fameux roman Aden Arabie (1931), en dénonçant une nostalgie illusoire : « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Pourquoi ?

Sans doute parce que cet âge charnière est ambigu : à la frontière indéterminée de l’adolescence (comme sortie de l’enfance) et de la jeunesse (comme entrée dans l’âge adulte), il est le temps de la première crise existentielle. En effet, l’enfant et l’ado, qui n’ont cessé de rêver à la magie du « quand je serai grand », s’aperçoivent, arrivés à ce stade, que rien n’est réglé et que tout est à faire. Sans doute disposent-ils désormais des attributs de la « grande personne », mais l’horizon du bonheur et de l’accomplissement, loin d’être atteint, n’en finit pas de reculer, plus complexe et opaque que jamais.

Jadis cette crise était brève grâce au rite d’initiation : en trois jours, tout était résolu. Au prix de quelques misères physiques, les réponses étaient fournies et l’homme était fait. « C’est comme dans les passages à tabac, ajoute Nizan dans La Conspiration (1938), c’est réglé, on est initié, on a eu la gueule bien cassée, mais on peut discuter le coup avec les ancêtres et faire le malin près des femmes. » Aujourd’hui, cela dure bien longtemps : « Pas d’hommes-médecine pour nous faciliter les choses… c’est l’amour, la mort, la saloperie, les maladies de l’esprit… »

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