“Peut-on vivre sans croire ?”
2006-2026 : le grand retour du religieux ?
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Si la France est aujourd’hui l’un des pays les plus athées au monde, la croyance religieuse refait surface chez de nombreuses personnes, et la religion s’expose davantage qu’avant. Signe d’une époque en proie au doute ou expression d’un besoin spirituel plus fondamental, que le régime de démocratie libérale peinerait à combler ? Analyse.
Près de 18 000 baptêmes catholiques célébrés en 2025, soit cinq fois plus qu’en 2021. Qui aurait pu prédire ce regain d’intérêt pour une religion dont le déclin, en France, semblait inexorable ?
Sans doute pas le philosophe Marcel Gauchet, qui écrivait en 1985 dans son livre Le Désenchantement du monde : « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion. » D’après son analyse, dont bon nombre d’entre nous semblaient avoir définitivement pris acte, le christianisme porterait en lui les germes d’une désaffection du religieux, valorisant la sphère d’autonomie des individus, les conditions d’accès aux savoirs émancipateurs, tout en scellant la séparation des pouvoirs spirituel et temporel – Dieu n’intervenant pas dans le cours des affaires humaines. En régime de démocratie libérale, la religion chrétienne ne jouerait plus un rôle structurant : elle serait vouée à s’effacer au profit de solidarités autres.
“Bricolage des croyances”
La religion catholique, pratiquée par 12 % de la population française, n’a donc pas dit son dernier mot. Elle n’est pas la seule à connaître une ferveur nouvelle. Le protestantisme, aidé par les conversions à l’évangélisme, suit également une trajectoire ascendante, représentant désormais 4 % de la population adulte (contre 0,2 % en 1970). Quant à l’islam, deuxième religion de France (7 % de la population), il se renforce aussi chez les plus jeunes : selon un sondage Ifop de 2025, 30 % des musulmans de moins de 25 ans se disent « extrêmement » ou « très » religieux (contre 12 % pour les autres monothéismes). Une dynamique qui « révèle un écart générationnel inversant totalement les schémas classiques de sécularisation », selon les auteurs de l’étude.
“La culture individualiste et la perte d’autorité des institutions ont fait passer la religion d’un héritage familial subi à une adhésion choisie”