2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années
2020 : la crise climatique
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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’événement
13 janvier 2020. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirme que la décennie 2010-2019 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés instrumentaux.
Extrait du hors-série n° 46
Bruno Latour (1947-2022) : “Nous assistons à une lutte des classes géosociales”
« La question du climat est au cœur d’une guerre géopolitique mondiale. Les États-Unis qui, plus que tout autre pays, vivent hors sol, d’un sol qui n’est pas le leur, sont dans une attitude de sédition, dans une logique de séparation. Ils se sont retirés des accords de Paris [accords sur le climat et le réchauffement climatique entrés en vigueur le 4 novembre 2016]. Pourtant, leurs actions, leurs émissions de CO2 nous affectent. Nous assistons bien là à une lutte des classes géosociales. Cependant, les classes en jeu ne sont pas clairement définies, ce qui désoriente la politique. Nous n’avons pas conscience de la guerre qui est en train de se dérouler – en tout cas dans les pays riches. C’est une “drôle de guerre”, sans front. L’idée d’une crise fondamentale était bien plus évidente au XIXe siècle, et tous les ouvriers pouvaient se sentir concernés. La situation est sans doute beaucoup plus dramatique aujourd’hui, mais beaucoup moins visible – notamment parce que les acteurs impliqués sont en grande partie des non-humains. Ce qu’on appelait la “conscience de classe”, qui pouvait lier des ouvriers au Zimbabwe et en France, n’existe pas au sein des nouvelles classes géosociales. Les activistes s’efforcent de construire ce sentiment, mais les résultats sont encore modestes. »