Hors-série "L'art de ne rien faire"

"Abroger la charge mentale", par Sonia Feertchak

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"Abroger la charge mentale", par Sonia Feertchak

© Meyer/Tendance Floue

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Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

2023. Les femmes, et plus encore les mères, ploient toujours sous la charge mentale. Un piège à double contrainte, puisque leur incombe de tout mener à bien : le boulot, le foyer, les marmots, mais aussi leurs temps de repos. De quoi virer barjo.

 

Fin juin, une publicité m’a fait de l’œil : « C’est l’été, partez l’esprit tranquille. » Partir, oui, et c’est une chance. L’esprit tranquille, en revanche, relève du vœu pieux. De l’inatteignable objectif. Passer de vraies « vacances de l’esprit », au sens propre, qualifierait un temps où mon esprit flotterait, vacant. Or atteindre un tel état d’esprit au cours duquel je pourrai, si bon me semble, ne rien faire nécessiterait de ne plus penser à mes objectifs professionnels et aux tâches sans cesse reportées qui m’incombent – pour de bonnes ou de mauvaises raisons. En deux mots : la charge mentale.


Formalisée dès 1976 par la sociologue du travail Monique Haicault, puis conceptualisée dans son article de 1984, « La gestion ordinaire de la vie en deux », la charge mentale parle à toutes les mères qui travaillent. Pour la plupart des working moms, ne rien faire nécessite au préalable de s’en débarrasser. Impossible d’entrer en baguenaude sans fermer tous les dossiers mentalement ouverts : planification des courses diverses, préparation des affaires en vue de l’activité sportive d’un enfant, sms de réponse à une invitation, rendez-vous médical (pour le certificat médical indispensable à l’activité sportive), demande de relecture d’une dissertation… Autant de tâches et de gestion des tâches qui se juxtaposent aux obligations professionnelles, ça n’en finit pas. Et j’affirme – en assumant l’essentialisation – qu’en raison de la charge mentale inégalement répartie entre les sexes, bayer aux corneilles ne se conjugue pas de la même façon au féminin qu’au masculin. Nous autres mères-qui-travaillons avons davantage de mal à flâner que les pères-qui-travaillent. Dans une critique de l’ouvrage de Tom Hodgkinson, L’Art d’être oisif dans un monde de dingue, Mona Chollet notait dans un article sur son blog La méridienne que « visiblement, l’oisiveté n’est pas une affaire de gonzesse » (« L’hédonisme sans les femmes »). Je plussoie.

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