Justice

“Affaire Jubillar” : le procès du doute

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“Affaire Jubillar” : le procès du doute

Cédric Jubillar dans la salle d’audience d’Albi, le 22 septembre 2025. © JM Haedrich/Sipa

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Pourquoi le procès de Cédric Jubillar, jugé coupable d’avoir tué son épouse, a-t-il tant passionné la France ? Des semaines durant, les jurés auront oscillé entre la crainte de condamner un innocent et la conviction d’avoir affaire à un crime parfait, sans preuve ni cadavre. Une illustration de la quintessence du meurtre, comme nous explique l’essayiste Sonia Feertchak, autrice de La Vérité tue. Agatha Christie et la famille (Philosophie magazine Éditeur, 2021).


 

Cédric Jubillar a été condamné vendredi octobre à trente ans de réclusion pour le meurtre de son épouse, Delphine Jubillar née Aussaguel, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Alors même qu’il a nié jusqu’au bout son implication dans la disparition de sa femme, que le corps de celle-ci n’a pas été retrouvé et qu’aucune preuve ne permet de conclure de façon certaine à sa culpabilité. Les jurés n’ont pu fonder leur « intime conviction » que sur un faisceau d’indices menant au mari – aucune autre piste sérieuse n’ayant par ailleurs abouti. Le verdict, exceptionnel et inédit dans le cas d’un tel doute, divise l’opinion publique : Jubillar est-il un coupable idéal en fait innocent ? Ou l’auteur d’un crime parfait ? Et au-delà du fait divers, sur le plan philosophique, que dit cette affaire du doute ? Comment la justice peut-elle s’exercer sans vérité ? Comment s’accommode-t-elle de l’absence de preuves réelles et tangibles ? 

Idéalement, la justice est arrimée à la vérité. Derrière toute erreur judiciaire, il y a une mauvaise appréciation de la vérité. Quand bien même juges et jurés seraient-ils aveuglés par des motifs idéologiques, il n’empêche qu’une « erreur de justice » est une « erreur de vérité ». Pour être en mesure de « rendre justice », la machine judiciaire doit mettre en perspective les faits. Ce qui nécessite d’avoir accès à ce qui s’est réellement passé. Soit par les aveux de l’accusé, soit que des preuves de sa culpabilité aient été trouvées ; parmi lesquelles, la première d’entre elles : un corps.

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