Le doute et la raison

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Le doute et la raison

(cc) Wikimedia Commons / Olivier Ortelpa

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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Près de 4 millions de Français ont marché le 11 janvier pour dire leur refus de la haine et leur attachement à la liberté. Mais de franches réticences existent face à cet unanimisme, qui viennent aussi bien des élites que de la jeunesse, et qui vont jusqu’à la remise en cause du réel. Comment y voir plus clair et s’armer face aux fanatismes ? En faisant du doute, et non du scepticisme à tout crin, et de la raison nos meilleures armes.

 

« Je suis Charlie ! » Au surlendemain des attentats des 7, 8 et 9 janvier, près de quatre millions de citoyens se réunissent pour dire non au fanatisme et au terrorisme. Ils s’identifient aux victimes et signifient aux yeux du monde leur refus de la haine et leur attachement à la liberté : liberté de penser, de dessiner, d’offenser. Sous le choc de l’événement, les idées de la République, de la fraternité ou de la laïcité, mais aussi de la sécurité publique, retrouvent vie. Les divisions sont mises entre parenthèses, les évidences partagées. La France prend conscience qu’elle ne peut transiger avec le fanatisme. Que l’espace public est fragile et doit être défendu contre les limitations que veulent lui imposer les « fous de Dieu ». La liberté d’expression n’a de sens, comme l’écrivait Orwell, que comme « liberté de dire aux autres ce qu’ils ne veulent pas entendre ». En bravant les menaces qui leur ont été faites lors de la publication des caricatures de Mahomet, les journalistes de Charlie Hebdo ont pris sur eux de défendre cet espace public. Un combat philosophique s’il est vrai, comme le soutenait Kant, que la possibilité d’exprimer ses pensées en public n’est pas un droit qui s’ajoute à une pensée qui s’exercerait aussi bien toute seule, mais qu’elle est la condition même de la pensée. « On dit que la liberté de parler ou d’écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup, et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? » (Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?, 1786).

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