Souvenirs du présent

“Charlie Hebdo” en 1840

Temps de lecture : 3 min

“Charlie Hebdo” en 1840

© Seb Jarnot pour PM

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 65 de Philosophie magazine « 65 - décembre 2012, janvier 2013 », en kiosque le 29 novembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« En matière de presse, il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. Vouloir obtenir les uns en échappant aux autres, c’est se livrer à l’une de ces illusions dont se bercent d’ordinaire les nations malades… qui cherchent les moyens de faire coexister à la fois, sur le même sol, des opinions ennemies et des principes contraires » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 3).

 

Il faut en revenir à Tocqueville et à la première moitié du XIXe siècle pour comprendre en quoi, dans la seconde affaire des caricatures du prophète Mahomet parues dans Charlie Hebdo, l’opinion des pondérés qui, tout en célébrant la liberté de la presse, ont cru ne pas se contredire en appelant en même temps au « respect des religions », relève d’un épuisement démocratique. À quelle logique le philosophe doit-il de montrer que l’excès de prudence est, en cette matière, un risque supérieur à l’audace ?

Tocqueville ne porte pourtant pas la presse dans son cœur : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature », dit-il dans une litote qui masque à peine le mépris que lui inspirent les plumitifs (et les caricaturistes) de son temps. « Je l’aime, ajoute-t-il, par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. » Quels sont ces maux ? De quoi la liberté de la presse nous préserve-t-elle ? De la dépolitisation. Du repli sur soi. Du gouvernement de la crainte sur des sociétés exténuées qui, maquillant en tolérance la remise en cause de leurs principes, digèrent l’indigeste parce qu’elles redoutent de mourir en faisant un effort.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Pouvoir