Tocqueville-Gobineau. La bataille du sang
Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau (cc) Wikimedia Commons
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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Au XIXe siècle, la notion de race fait l’objet de vives controverses. Arthur de Gobineau est l’un des premiers à soutenir que la race possède des fondements biologiques plutôt que culturels. Ses théories, qui connaîtront une sinistre postérité, se heurtent aux critiques du libéral Alexis de Tocqueville, qui a pourtant été son mentor et ami. Histoire d’une déchirure.
Le Noir « gît en bas de l’échelle ». Son physique rappelle « la structure du singe » ; si ses sens sont développés, « ses facultés pensantes sont médiocres ou même nulles ». Au-dessus de lui, le Jaune : habile de ses mains, il présente néanmoins des « dispositions à l’apathie » ; soucieux de son confort matériel, il veut « vivre le plus doucement et le plus commodément possible ». Enfin, il y a le Blanc : plus beau, plus fort, il est doté d’une « immense supériorité » intellectuelle ; sans lui, énergique, conquérant, bâtisseur, point de civilisation. Trêve de ces inepties et de ces abjections. Elles sont soutenues par l’un des principaux théoriciens racialistes du XIXe siècle, Arthur de Gobineau (1816-1882), auteur d’un Essai sur l’inégalité des races humaines à la légende obscure. Or ses vues vont être attaquées par l’un de ses proches, et pas n’importe lequel : Alexis de Tocqueville (1805-1859), figure éminente de la pensée libérale ayant mis, lui, l’égalité au cœur de ses réflexions. Récit d’une amitié entaillée par une querelle aussi vive que profonde autour de la race.