Le questionnaire de Socrate
Alice Zeniter. Hacker ouvert
Alice Zeniter. © Astrid Di Crollalanza/Flammarion
Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« MOI n’est qu’une position d’équilibre. » Alice Zeniter emprunte à Henri Michaux l’épigraphe de son livre Comme un empire dans un empire (Flammarion). Elle y brosse les portraits croisés d’Antoine – attaché parlementaire – et de L. – pirate informatique. Pour ce nouveau récit aux prises avec l’histoire, elle porte attention à « l’extrême présent », le nôtre, et s’interroge sur le ressort de nos engagements. Au cours de ses recherches, Alice Zeniter aurait appris à crocheter les serrures chez les hackers. Être capable d’ouvrir toutes les portes, une définition de l’art d’écrire ?
Un dieu, un maître ?
Ni dieu ni maître, mais beaucoup de phares pour me guider.
Le penseur qui vous accompagne ?
Pierre Bourdieu, pour sa compréhension de la violence symbolique et des héritiers.
Adolescente, votre héros ?
Enjolras des Misérables.
Quelle promesse vous êtes-vous faite ?
Enfant, je me suis promis que je publierais un livre et que j’obtiendrais le permis de conduire. Les deux me paraissaient des accomplissements lointains et difficiles.
Votre plus vieux souvenir ?
Me lever la nuit dans l’appartement de banlieue de mon enfance et ne pas trouver l’interrupteur sur le mur de la chambre. J’étais persuadée que la pièce se reconfigurait pendant mon sommeil.
Quelle question aimez-vous poser ?
« Tu as lu un bon livre récemment ? »
Quel est votre démon ?
Le syndrome de l’imposteur.
Votre plus grande fortune ?
Des accès de mégalomanie qui me permettent d’oublier mon syndrome de l’imposteur.
Prenez-vous vos rêves nocturnes au sérieux ?
Non, mais je les aime lorsqu’ils me fournissent une provision d’images et de couleurs.
De quoi doutez-vous ?
De presque tout. Et en premier lieu d’être capable de comprendre le monde.
La solitude, vous l’aimez comment ?
Champêtre et rythmée par de longues marches, ou de la nage.
Préférez-vous subir l’injustice ou la commettre ?
La subir.
Ce que vous ne ferez jamais gratuitement ?
Tout ce que j’aime faire, j’ai déjà accepté de le faire gratuitement. Et ce que je n’aime pas faire, je cherche à ne plus le faire du tout. Même si c’est compliqué.
Quel lieu se rapproche pour vous le plus de la cité idéale ?
Je voudrais pouvoir prélever des fragments de lieux et les agglomérer. Il y aurait la côte bretonne, quelques rues d’Athènes, un bar à vin, un banc en haut de Hampstead Heath, à Londres, des maisons ouvertes avec de grandes cuisines, une salle de spectacle... et une bande de gens aimés.
La chose la plus grotesque que vous ayez faite par amour ?
Croire que je pouvais en mourir.
De quoi aimez-vous être ivre ?
De vin, de conversation et de la fatigue qui vient après l’exercice physique.
Un ingrédient indispensable au processus créatif ?
Le temps.
Votre mot favori ?
Il change avec les saisons. « Délétère », celui du moment.
La belle mort selon vous ?
Une sorte de dissolution sans douleur qui viendrait lorsque les forces sont épuisées et que l’on ne veut plus continuer à vivre.