Table ronde

CitéPhilo : revivez la discussion entre Yves Citton, Vinciane Despret et Alice Zeniter

Temps de lecture : 3 min

Vinciane Despret, Yves Citton et Alice Zeniter

Vinciane Despret, Yves Citton et Alice Zeniter. © Édouard Caupeil pour PM © Bertrand Gaudillère/collectif item ©Astrid di Crollalanza/Opale/Leemage

Après « Transmettre », en 2020, les rencontres de CitéPhilo de 2021 ont pour thème « Fiction(s) ». Philosophie magazine est heureux d’être une nouvelle fois partenaire de cet important festival de philosophie, qui se tient à Lille et dans ses environs depuis le début du mois de novembre jusqu’au 13 décembre prochain. Cette année, CitéPhilo a pour invité d’honneur Jacques Rancière.

« Et si tout finissait bien ? » Tel est le titre de la conférence-débat donnée par les philosophes Yves Citton et Vinciane Despret, accompagnés de la romancière Alice Zeniter, samedi 6 novembre dernier. Au cœur des échanges, animés par Florence Gavras, une question : et s’il fallait d’abord inventer des contre-fictions pour affronter avec lucidité la question du réchauffement climatique ?

Nous vous proposons de réécouter cet échange passionnant, ci-dessous en vidéo.

 

 

  • Pour Alice Zeniter, prix Goncourt des lycéens avec L’Art de perdre (Flammarion, 2017), l’être humain est davantage séduit par une histoire de chasseurs qu’une histoire de cueillette. C’est-à-dire que la dimension héroïque, combative – quoiqu’un peu simpliste – du récit sera toujours préférée à celle d’une histoire sans véritable péripéties : « Je me disais, ces histoires échouent totalement à me raconter le monde dans lequel je vis, mais d’un autre côté, qu’est-ce que ça fait du bien de lire ça avant de m’endormir parce que les choses seront réglées une bonne fois pour toutes, alors que le prochain discours d’Emmanuel Macron m’annoncera peut-être que rien n’est réglé une bonne fois pour toutes ! »
  • Vinciane Despret, de son côté, auteur d’une formidable Autobiographie d’un poulpe (Actes Sud, 2021), assure que la difficulté de se représenter une fin heureuse vient en partie des récits scientifiques eux-mêmes : « Les biologistes privilégient plutôt des histoires avec de l’agression ou de la compétition [car] ils ont été formés à penser en termes de sélection naturelle. […] On a aussi tendance à trouver une histoire d’autant plus vraie (en sciences) qu’elle est dure, violente, difficile à avaler. Nous sommes des héritiers des blessures narcissiques, on adore ça. »
  • Quant à Yves Citton, auteur des essais Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014) et Faire avec (Les Liens qui libèrent, 2021), il rappelle que les histoires sont « toujours des fabrications » qu’il faut remettre en perspective : « La réalité, ce sont des causes et des effets. Raconter une histoire, de même que se raconter une histoire, c’est développer un récit autour de chaînes de causalité qui sont toujours infiniment plus simples que la réalité. On ne sort donc jamais du fait de se raconter des histoires : nous poussent-elles à faire un monde de violence ou nous aident-elles à faire un monde plus durable et moins inégalitaire ? »

 

L’échange a également été enregistré au format audio, écoutable gratuitement ci-dessus.

 

Le festival CitéPhilo se tient dans la métropole lilloise depuis le 4 novembre et court jusqu’au 13 décembre 2021. Retrouvez la liste des intervenants et le programme des conférences, débats et tables rondes sur le site officiel de l’événement.