Entretien

Yves Citton : “Quoi que dise Trump, son contradicteur est piégé”

Temps de lecture : 5 min

Donald Trump lors d’une interview avec deux journalistes de l'agence de presse américaine Associated Press, à la Maison Blanche, le 16 octobre 2020

Donald Trump lors d’une interview avec deux journalistes de l'agence de presse américaine Associated Press, à la Maison Blanche, le 16 octobre 2020. © AP Photo/Evan Vucci/Sipa

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Pour le philosophe Yves Citton, la censure en direct des propos de Donald Trump sur de nombreuses chaînes de télévision américaines se révèle contre-productive. Le spécialiste de l’économie de l’attention en appelle à abandonner le terme de « fake news » pour lui substituer une stratégie de défense contre le pouvoir des réseaux sociaux.

 

Déontologiquement, les journalistes ont-ils eu raison de couper la diffusion télévisée de la prise de parole de Donald Trump ? 

Yves Citton : Le travail de journaliste est de choisir, sélectionner, exclure s’il le faut. Donc ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent. Je crois qu’il faut être beaucoup plus conscient du fait que certaines paroles ou images sont empoisonnées, dangereuses, « radioactives ». On ne peut pas tout manier sans précautions. Il existe une tension entre le risque de faire le jeu de Trump et la légitimité qu’ont les rédactions de choisir les propos qu’elles diffusent. Il n’y a malheureusement pas de bonne solution a priori à ce dilemme. C’est pourquoi il faut prendre de la hauteur et se demander comment éviter cette alternative binaire. Comment relayer une information, la contextualiser, tout en respectant un certain équilibre du temps de parole ? Si Biden parle une demi-heure et qu’on coupe Trump au bout de trente secondes, il y a quelque chose qui ne va pas non plus. En tout cas, il me paraît naïf de croire que le factchecking [« la vérification des faits »] est la solution miracle. Ce n’est pas en rétablissant une vérité qu’on la neutralise : il existe des effets de parole plus forts que ce qu’on peut contester après coup. 

 

Comment jugez-vous alors la décision de ces rédactions télévisées ? 

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