2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2017 : l’ère des “fake news”

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2017 : l’ère des “fake news”

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

20 janvier 2017. Lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump à Washington, une controverse éclate autour du nombre de participants présents sur le National Mall. Le nouveau président prétend que l’affluence a battu tous les records, les photographies aériennes montrent une foule relativement clairsemée. Embarrassée, Kellyanne Conway, conseillère de la Maison Blanche, invoque l’existence de « faits alternatifs ». L’expression devient emblématique de l’ère des « fake news » (en français, infox) qui vient de s’ouvrir.


Extrait du n° 111 : les relations tumultueuses entre fiction et réalité

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Salman Rushdie éclaire en romancier le problème des infox 

« Je maintiens que nous autres, humains, vivons à travers des narrations, des récits qui donnent sens à notre existence. Ce n’est pas problématique, du moins tant que les récits n’entrent pas en conflit. Or nous vivons une époque où les conflits de narration se multiplient. Il existe par exemple, au Moyen-Orient, un récit israélien et un récit palestinien de l’histoire récente. Il sera difficile de faire la paix tant qu’on ne saura pas réconcilier ces narrations, les fondre dans un récit partagé. De la même manière, aux États-Unis, nous voyons naître un conflit de narrations inquiétant entre, d’un côté, la version des faits que donnent Donald Trump ou ses porte-parole, et, de l’autre, les informations vérifiées par les médias et la communauté savante – l’élite si vous voulez. Ce conflit de narrations est un ferment de guerre civile. […] La difficulté philosophique apparente tient, ici, à ce que fiction et mensonge sont deux choses distinctes. La fiction est une tentative pour approcher la vérité. Une fiction vous annonce, dès la couverture du livre, qu’elle est une fabrication, qu’elle est imaginaire. Quand vous ouvrez un roman, vous savez que vous allez lire une tentative pour cerner au plus près la vérité de la nature humaine, d’un moment de l’histoire ou d’un lieu. La fiction ne déploie pas les mêmes moyens que la science, mais elle tente d’aller vers la vérité en ouvrant une autre porte. Le mensonge s’oppose à la fiction sur ces deux points. D’abord, il masque sa nature. Le mensonge ne s’annonce pas comme tel. Son but n’est pas de faire sentir la vérité, mais de la faire disparaître. Il y a enfin la question de la preuve. On ne démasque pas une fiction. Un mensonge, si. Autrement dit, un roman ne peut pas être invalidé par des preuves, tandis qu’un mensonge le sera. […] Même si vous affirmez très fort que la Terre est plate, cela ne l’empêche pas d’être ronde. Autrement dit, la Terre n’a pas besoin de votre assentiment pour être ronde. Elle est ronde. Comment le savons-nous ? Parce que nous en avons la preuve. La vérité résiste donc au mensonge. »

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