2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2017 : le mouvement #MeToo

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2017 : le mouvement #MeToo

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

5 octobre 2017. Le New York Times révèle des décennies d’agressions et de harcèlement sexuels reprochés au producteur américain Harvey Weinstein. L’affaire déclenche une onde de choc mondiale, catalyse le mouvement #MeToo et libère la parole des victimes ; en France, elle trouve un écho spécifique avec #BalanceTonPorc.


Making-of

Bien au-delà du fait divers, l’affaire Weinstein a modifié durablement notre regard sur les violences sexuelles et les rapports entre hommes et femmes. Ses effets sur la culture et la société sont difficilement mesurables, tant ils sont amples et se prolongent jusqu’à nos jours. À Philosophie magazine, nous avons travaillé sur un dossier de couverture interrogeant les rapports entre désir sexuel, prédation et domination. 


Extraits du n° 116

Eva Illouz : les femmes, perdantes de la révolution sexuelle ?

« La libération sexuelle peut être vue comme un processus de dérégulation. On a détaché la sexualité des anciennes règles sociales, morales ou religieuses qui l’encadraient. […] Avec la dérégulation, la seule éthique qui subsiste est celle du consentement : vous pouvez faire tout ce que vous voulez, pour autant que la personne avec qui vous le faites est consentante. Cela produit une augmentation des échantillons de partenaires potentiels et la disparition des médiations qui assuraient l’accès à ces partenaires. Comme dans le marché capitaliste où l’acheteur et le vendeur se rencontrent directement et où personne ne fixe en amont les prix de la transaction : seule la loi de l’offre et de la demande détermine la valeur. On le voit bien aujourd’hui sur les sites de rencontres comme Tinder où des algorithmes relient des individus sur la seule base des critères qu’ils décident eux-mêmes de faire jouer. On a donc “libéré” la sexualité. Mais – et la précision est essentielle – sans toucher au pouvoir social et économique des hommes. Il suffit de voir les nouvelles fortunes qui ont surgi dans les technologies numériques : Bill Gates, Larry Page, Mark Zuckerberg, Elon Musk, les maîtres de la nouvelle économie sont tous des hommes, sans exception. Même si les femmes sont entrées massivement sur le marché du travail, elles restent, dans leur majorité, des ouvrières du capitalisme, pour la plupart éloignées de la grande fortune et de la propriété. Il faut avoir en tête ce tableau d’ensemble pour mesurer la portée de la libération sexuelle : libérer la sexualité sans toucher au pouvoir économique et politique des hommes revient à placer les femmes dans une position de vulnérabilité structurelle dans un marché sexuel ouvert et dérégulé. […] De ce point de vue, les femmes ont en effet été les grandes perdantes de la révolution sexuelle. »

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