Société

“#MeToo” : penser la sexualité au-delà du consentement

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“#MeToo” : penser la sexualité au-delà du consentement

© Marc Cellier/PINK/Saif Images

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La révolution féministe #MeToo a mis en lumière la notion clé de consentement. Mais des voix s’élèvent aussi pour en montrer les limites, d’un point de vue juridique comme éthique. Voici pourquoi – et les pistes envisagées pour sortir des codes binaires du « oui ou non ».

 

Nous l’appellerons Inès. Il est minuit. Inès court attraper le dernier métro. Dans la rame, elle croise Simon. Il la trouve jolie, lui attrape le bras. « On va boire un verre ? » Elle ne répond rien et descend. Il la suit et insiste. « Allez, sois pas comme ça. » Il n’y a personne dans la rue, elle a peur. Il prend sa main, elle essaie de se dégager. Il touche sa poitrine, remonte vers son cou. Elle est tétanisée, il continue. Le lendemain, elle porte plainte pour viol. « Mais vous faisiez quoi dehors à cette heure-ci ? » Devant le juge, Simon affirme qu’elle était d’accord. Elle n’a pas crié. « Pourquoi elle n’a pas crié ? » Elle n’est pas partie en courant. « Elle voulait rester. » Elle n’a pas dit non. Qui ne dit mot… consent ?

Voici une histoire de viol, telle qu’on se l’imagine généralement : une jeune femme rentre chez elle tard le soir, tombe sur un fou qui l’agresse au détour d’une ruelle. Elle réagit rapidement, va porter plainte. Ici, un premier problème : Inès ne s’est pas débattue, et son corps ne présente pas de marque de violence. Second problème : il n’y a pas de témoins, c’est « parole contre parole ». Et si, après tout, Inès avait été séduite par Simon, avait accepté de le suivre et de coucher avec lui ? Et si, ayant honte le lendemain, elle avait décidé de faire passer cette relation pour un viol ? Et si elle espérait profiter de la situation pour obtenir un dédommagement, ou pour mettre à mal la carrière de Simon ? Comment savoir ?

“Présomption de consentement des femmes”

« L’invocation du consentement de la plaignante à une activité sexuelle est la stratégie de défense la plus fréquente des personnes mises en cause pour les violences sexuelles. » C’est le constat dressé par Catherine Le Magueresse, juriste et docteur en droit. Et cette approche se révèle souvent payante : pour elle, notre système judiciaire repose sur une « présomption de consentement des femmes ». Dans le doute, la balance penche en faveur de l’honnêteté de l’agresseur. Une conception explicite dès l’Encyclopédie (1751) de Diderot et d’Alembert, qui affirme que « la déclaration d’une femme qui se plaint d’avoir été violée ne fait pas preuve suffisante ». Elle doit démontrer son absence de consentement, de préférence par des signes physiques ou des témoignages. Au contraire, « si elle s’est tue à l’instant, ou qu’elle ait tardé de quelques façons à rendre plainte, elle n’y est plus redevable ». Ainsi les mécanismes de blocages psychiques, de sidération et de traumatisme jouent souvent en la défaveur des victimes.

Les agressions similaires à celles d’Inès sont les plus médiatisées. Pensons à l’affaire dite de « la Meute », un viol collectif qui a poussé l’Espagne à adopter en août 2022 une loi plaçant explicitement l’absence de consentement au centre de la conception juridique du viol. « Non, c’est non. » Le silence est aussi une manière de dire non. Mais cette redéfinition est-elle suffisante ? Les circonstances d’une telle agression sont rares. D’après une étude de 2016 de l’Ined, en France, 91% des agressions perpétrées le sont par une personne connue de la victime, et par le conjoint ou l’ex-conjoint dans 47% des cas. Autrement dit, le scénario du viol dans la rue par un inconnu est loin d’être représentatif. Et la question du consentement ne se pose pas de la même façon selon les situations.

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