Vinciane Despret. Le “tact ontologique”

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Vinciane Despret. Le “tact ontologique”

Vinciane Despret © Daniel Renou

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La quatrième édition du Festival Mode d’Emploi organisé par la Villa Gillet, se tiendra du 16 au 29 novembre 2015. Voici en avant-première le texte proposé par Vinciane Despret, philosophe, anthropologue et éthologue auteur d’un essai sur la place des morts dans notre société. Elle interviendra le samedi 28 novembre à 17h45 heures au Grand Amphi de l'ENSBA de Lyon, à l'occasion d'une rencontre intitulée : “Ainsi vivent les morts”.

Les indices abondent, notre relation aux défunts est peut-être en train de changer et ce que les psychothérapeutes nous disent qu’il faut entendre sous la notion de deuil pourrait bien devoir subir quelques aménagements. Ces dernières années, on a vu se multiplier quantité de romans et de témoignages qui semblent vouloir cultiver une posture hésitante quant à la question du mode d’existence des défunts. Certains d’entre eux pourraient revenir, d’autres sont toujours là, quoique sur un autre mode, d’autres encore demandent à être nourris, soutenus, pensés, pour continuer à exister. La thématique se retrouve dans de nombreux films ; elle est plus insistante encore si l’on s’intéresse aux séries télévisées. On peut y lire une remise en question du statut de certains morts comme disparus lorsque ceux-ci font irruption dans la vie des vivants pour leur demander de l’aide, voire pour eux-mêmes leur en proposer. Par ailleurs, du côté des sciences humaines, on parle de notre époque dans les termes d’un « tournant spectral », qui indiquerait un tout autre rapport au passé et à ceux qui nous l’ont légué et qui traduirait autant de formes de résistance à l’oubli.

Certains psychothérapeutes ont commencé à envisager de modifier leurs propositions d’aide aux personnes endeuillées, au nom d’une critique radicale de la conception laïque et savante qui informe le travail du deuil dont on se rend progressivement compte qu’elle est souvent en contradiction avec la manière dont les personnes vivent cette expérience : il est temps, dit par exemple Jean Allouch, que les praticiens se déprennent de « cette incongruité qui consiste à passer outre la différence entre leurs idées et les questions qui habitent leurs malades », voire, « à les assimiler, au nom d’une position savante qui n’envisage que le néant après la mort, à de simples croyances. »

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