Anticipation

Dans la tête d’un poulpe

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Dans la tête d’un poulpe

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Dans son dernier ouvrage, un recueil de petites fictions, la philosophe Vinciane Despret nous invite à nous décentrer en nous proposant – entre deux autres nouvelles d’anticipation – le testament d’un poulpe. Raconter des histoires, n’est-ce pas insister sur la diversité des mondes ?

Imaginez que la révolution a eu lieu. C’est une révolution copernicienne de la pensée après la découverte des nouveaux mondes, animaux et végétaux, qui a définitivement fait comprendre à l’humanité qu’elle n’était pas maîtresse de la nature. Imaginez que dans un futur indéterminé, et sans doute encore lointain, les travaux des éthologistes, biologistes, écologues et philosophes d’aujourd’hui sur l’intelligence animale, l’ontologie de la plante, Gaïa, la démocratie chez les abeilles, la piste des loups, la pensée de la montagne, des forêts, du léopard, du rat ou du poulpe… forment désormais le socle des connaissances classiques. La discipline-reine ne s’appelle plus anthropologie mais « thérologie », l’étude des mondes sauvages, à son tour spécialisée en théroarchitecture (étude des modes d’habiter l’espace), thérolinguistique (étude des langues sauvages), etc. Personne ne s’étonne que des chercheurs en thérolittérature étudient « la versification vibratoire chez la cigale muette, l’épopée lyrique du lichen, la poésie passive de l’aubergine » et même le pamphlet de la fourmi, à partir des traces d’exsudation de glandes sur des graines d’acacia.

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